Unis dans la diversité

Chronique européenne du large n°8

14 mai 2009

 

L’un des plus grands succès littéraires des dernières années en Italie, les enquêtes policières du Commissaire Montalbano, sont écrites en sicilien. Au sud de l’Allemagne, il n’est pas rare d’entendre des jeunes ingénieurs, dans des usines hightech, parler la langue locale plutôt que l’allemand. Entre cultures traditionnelles et modernité, la plupart de nos partenaires européens ne voient pas de contradiction. Chaque jour, ils passent facilement du local au global. Peut-être est-ce la raison de leur décontraction face à la mondialisation, dont tous les sondages révèlent qu’elle préoccupe infiniment plus les Français que d’autres peuples. Pourquoi ces peurs françaises ? L’Europe peut-elle nous aider à combiner plusieurs appartenances, à valoriser les identités multiples ? Récemment, dans le Finistère, avec des représentants du monde de la culture bretonne, notamment des Ecoles Diwan, des crèches Divskouarn et des groupes musicaux Bodadeg ar sonerion, nous avons longuement discuté de ces sujets. En soutenant les langues régionales, l’UE a plutôt contribué à apaiser les tensions. L’Europe a même poussé la bienveillance jusqu’à reconnaître au gaëlique le statut de langue officielle de l’UE, ce dont les Irlandais ne lui ont guère été reconnaissants.

En appelant à être « unis dans la diversité », la devise européenne suppose de maintenir un équilibre, toujours instable, entre particularisme et solidarité. A ceux qui doutent que l’objectif soit accessible, je recommande le joli livre de l’historienne Mona Ozouf : Composition française, retour sur une enfance bretonne (Gallimard, 2009). Avec beaucoup de sensibilité, l’auteur raconte sa jeunesse, au croisement de trois influences en apparence inconciliables : la tradition paternelle qu’elle qualifie de « superlativement bretonne », militante ; l’Ecole Républicaine, jacobine, et l’Eglise catholique universelle mais ancrée, en Bretagne, dans la tradition locale. Tout appelant à ouvrir l’esprit des enfants à la culture française et universelle, Mona Ozouf invite les défenseurs de la « République », à comprendre l’attachement envers les « communautés de proximité ». Avec émotion, elle évoque la littérature et les contes bretons, sans renier son amour des lettres françaises. En insistant sur la possible pluralité des attaches, elle prône la fidélité à soi, non le repli sur soi. Subtile, sa démonstration est aussi très humaine.

Ceux qui, au Nord de l’Italie ou en Flandre, utilisent l’Europe pour attiser des divisions voire, comme au Pays basque, pour légitimer des actions violentes, la détournent de son but. Mais si l’UE aide la France à se réconcilier avec son extraordinaire patrimoine régional, en Bretagne et ailleurs, elle aura, une fois de plus, fait oeuvre utile. Comme Mona Ozouf, apprenons à « admettre que nous puissions nous reconnaître les uns et les autres comme participant d’une humanité commune, non pas bien que mais parce que différents ». Attachement à ses origines et ouverture au monde, respect des cultures locales et curiosité intellectuelle sans frontières, ces principes valent autant pour la France que pour l’Europe.

 

Sylvie Goulard

2017-05-22T15:33:31+00:00