La France a tort de s’accommoder des libertés que l’Allemagne prend avec l’Eurogroupe, explique la députée européenne. 

 

Un « mini-sommet » s’est tenu dans la nuit du 19 au 20 mars, réunissant le premier ministre grec, la chancelière allemande, le président français et les présidents de quatre institutions européennes (Commission, Banque centrale, Conseil européen, Eurogroupe). L’urgence commande d’être pragmatique. Mais encore faudrait-il mesurer les risques que créent les bricolages hors du cadre institutionnel de l’Eurogroupe. Il n’est pas sûr que le règlement de la crise grecque s’en trouve facilité ni l’intérêt national français conforté.

Ces pratiques attisent les divisions. Quand elle se met au service de l’Europe entière, la relation franco-allemande est précieuse et respectée, mais Français et Allemands ne peuvent pas prétendre régenter l’Europe. Le premier ministre belge est « en colère »contre ce huis clos entre « happy few » ; il dit tout haut ce que d’autres, en Europe, pensent aussi. La zizanie que crée ce mini-sommet est d’autant plus regrettable que, face au nouveau gouvernement grec, la zone euro a montré une remarquable unité de vues : la poursuite des aides en échange d’engagements sérieux de M. Tsipras. En politique étrangère aussi, l’action en petit clan détruit l’esprit d’équipe : quand M. Hollande et Mme Merkel négocient seuls avec M. Poutine, si méritoires que soient leurs efforts pour la paix, le premier ministre italien, M. Renzi, court à Moscou tenir des propos différents. L’Europe en sort affaiblie.

Ces pratiques sont peu démocratiques. Tous les pays de la zone euro ont contribué au sauvetage de la Grèce. Tous les gouvernements ont des comptes à rendre à leurs contribuables. Par tête, les Pays-Bas font un effort supérieur à celui de l’Allemagne, la Finlande, l’Autriche et la Belgique supérieur à celui de la France (source Euronews 2015). Une décision collective au sein de l’Eurogroupe, conformément aux traités, est préférable.

Enfin, ces pratiques sont peu opportunes. Par le passé, ce sont des discussions informelles qui ont donné naissance, en dehors de toute base légale, à la « troïka » (BCE, FMI, Commission) que les Grecs honnissent. Avec un sens plus aigu du droit, nos gouvernements auraient sans doute mis en place des instruments respectant mieux l’équité et la dignité des personnes. Ils se seraient épargné bien des difficultés. On comprend mal pourquoi M. Tsipras cautionne désormais ce qu’il n’a cessé de dénoncer. Puisqu’il invoque « la politique », il aurait pu venir s’exprimer devant le Parlement européen, en mettant en avant par exemple la terrible montée de la pauvreté en Grèce. Il aurait trouvé plus d’écho au sein de l’institution qui a travaillé à contrôler la troïka et a souhaité à plusieurs reprises un rééquilibrage des politiques menées dans la crise.

Ce « mini-sommet » montre à quel point la zone euro se trouve à la croisée des chemins. Soit elle continue à reposer sur des arrangements opaques et il y a fort à parier que cet ersatz d’Europe, très éloigné du projet des fondateurs, sera de plus en plus rejeté. Soit Paris et Berlin mettent toute leur autorité dans la balance pour faire enfin de la zone euro un État de droit reposant sur un jeu collectif, des procédures rigoureuses et des contrôles parlementaires et juridictionnels, et alors les citoyens reprendront confiance.

En ce moment, Mario Draghi, le président non élu de la Banque centrale européenne, est celui qui a le mieux compris le défi démocratique. Les gouvernements nationaux s’enferment dans une courte vue dramatique. La France se réjouit de faire partie des puissants qui imposent leurs vues aux autres. Mais ce choix est si arbitraire qu’on peut imaginer qu’un jour elle subisse l’autorité d’autres pays, peu cléments à son égard. Les Français regretteraient alors amèrement d’avoir contribué à détruire les garde-fous institutionnels qu’avait inventés, en France, un certain Jean Monnet.

2017-05-19T00:50:37+00:00