Sylvie Goulard remet en question un accord entre conservateurs et socialistes pour le partage de la présidence

Sylvie Goulard a renoncé le 30 novembre dans la soirée à sa candidature, après un plébiscite de son groupe parlementaire en faveur du Belge Guy Verhofstadt.

La domination des conservateurs sur les institutions européennes sera-t-elle totale le 17 janvier prochain? Après l’annonce la semaine dernière du départ de Martin Schulz, le social-démocrate allemand qui présidait le Parlement européen, ce poste devrait revenir à un membre du Parti populaire européen (PPE, conservateurs).

Vainqueur des élections européennes de 2014 (avec 216 élus sur 751 eurodéputés), le PPE avait alors conclu un accord tacite avec les socialistes, arrivés en deuxième position, pour faire barrage aux europhobes dont les rangs s’étaient renforcés. Celui-ci prévoit une alternance entre les deux partis à la tête de l’Europarlement.

Deux candidats du PPE

«Alors que la situation est gravissime, ce type d’arrangement donne le mauvais signal aux citoyens, estime Sylvie Goulard, une eurodéputée française affiliée au groupe libéral-démocrate de centre-droit, qui a annoncé sa candidature. Il faut un débat sur le meilleur profil, montrer aux citoyens qu’on a compris leur mécontentement, et pas se contenter de négociations au sein d’une grande coalition.»

Deux membres du PPE ont déjà fait part de leur candidature. Le Français Alain Lamassoure, 72 ans, un ancien ministre de Jacques Chirac et eurodéputé depuis 1999 qui a su se faire apprécier au-delà de son camp. L’Irlandaise Mairead McGuinness, 57 ans, fait valoir pour sa part son expérience comme actuelle vice-présidente du Parlement européen.

Le tour d’une femme

Alors que les tractations sont lancées au sein du PPE, ainsi qu’entre les conservateurs et les socialistes qui craignent d’être marginalisés, d’autres candidatures hors de ce tandem devraient encore émerger. Le belge Guy Verhofstadt, l’une des grandes voix du Parlement et ténor du groupe libéral-démocrate, est pressenti.

«Nous en avons discuté et il serait légitime qu’il soit candidat, explique sa camarade de parti Sylvie Goulard. Mais il faut aussi poser la question du renouvellement des personnalités politiques.» La Française fait par ailleurs valoir la nécessité d’une candidature féminine. Depuis 1979, seules deux femmes ont occupé ce poste, les Françaises Simone Veil et Nicole Fontaine.

La présidence du Parlement est l’un des trois postes clés des institutions européennes avec la Commission, dirigée par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, et le Conseil européen, piloté par le Polonais Donald Tusk.

Sauver la Maison Europe

Soucieuse d’une bonne entente franco-allemande, Sylvie Goulard met aussi en avant le besoin d’un Parlement dirigé par un germanophone – ce qui est son cas. «Ce serait une immense erreur d’avoir un président qui ne puisse pas parler directement aux Allemands dans leur langue.» La Française ajoute qu’elle n’est pas contre l’idée de «grande coalition» permettant de créer un consensus positif. «Mais il faut que cela soit établi sur la base d’un contrat de coalition comme c’est le cas en Allemagne.»

Sylvie Goulard se lance dans la course car elle estime que l’heure est grave. «Il faut mener la bataille pour maintenir la Maison européenne. Après le Brexit, (la dérive autoritaire) d’Erdogan et la victoire de Trump, il n’est plus question de business as usual. Il ne sera pas dit que je suis restée dans le camp des indifférents.»

 

2017-05-19T00:50:04+00:00