Certaines coïncidences sont heureuses. J’étais à Berlin vendredi 21 novembre, pour recevoir un prix de la fondation Stiftung Frauenbrücke. Née de l’initiative de quelques femmes, après la chute du mur de Berlin, cette fondation avait initialement pour vocation de rapprocher les Allemand(e)s de l’Est et de l’Ouest. Et d’aider à « faire grandir ce qui constitue un tout » ( “jetzt muss zusammenwachsen, was zusammengehört”  avait dit si élégamment Willy Brandt en 1989).

L’idée – simple et juste – est que des rencontres, des échanges directs sont indispensables pour aider les individus à former ensemble une société. Au fil des ans, la fondation a distingué plusieurs femmes jouant le rôle de « Brücke » (pont), à l’intérieur de l’Allemagne ; je n’en citerai que quelques unes que j’ai déjà eu la chance d’apprécier : Gesine Schwan, Christine Bergman et Necla Kelek qui a prononcé la « laudatio » vendredi dernier.

Après 25 années passées à rassembler les deux parts de l’Allemagne séparées par l’Histoire, les responsables de la fondation ont décidé d’élargir leur horizon à l’Europe. Leur raisonnement est qu’en Europe aussi, il faudrait nouer plus de liens humains et encourager le travail des « passeurs », ceux qui bâtissent des ponts entre les différents Etats, les différentes cultures. C’est pourquoi j’ai été distinguée, en compagnie de Kinga Hartmann-Woycicka, une intellectuelle polonaise.

La cérémonie, dans la très jolie ville de Potsdam, a été sobre et chaleureuse ; j’y ai retrouvé le meilleur de l’Allemagne : une réflexion de fond approfondie, le sens des responsabilités individuelles dans la « vie de la cité » et la beauté de la musique. Un chœur de jeunes a chanté dans plusieurs langues de l’UE, avant d’enchaîner un chant africain (avec tam tam) puis l’Hymne à la joie de la IXème symphonie de Beethoven. C’était sympa et touchant.
Manfred Stolpe, ancien résistant d’Allemagne de l’Est et ancien ministre Président du Land de Brandenburg a conclu la soirée.

Le contraste était saisissant entre ces efforts et les invectives qui, le même jour, opposaient Günther Öttinger, le commissaire allemand dénonçant dans le Financial times et Les Echos, avant même que le collège des commissaires ne se prononce, le comportement de l’Etat français « récidiviste du déficit », et le parti socialiste français, demandant sa démission.

Où allons-nous si chaque homme politique européen s’adresse désormais seulement aux « siens », ses électeurs, ses compatriotes, avec pour conséquence de les renforcer dans leurs visions, leurs certitudes pour ne pas dire leurs préjugés ?

Ne leur appartient-il pas de faire « le pont », de rapprocher les points de vue et dissiper les malentendus.
Qui prend la peine, en France de comprendre et respecter les inquiétudes légitimes de nos partenaires devant les violations répétées, par notre pays, d’engagements solennels ?
Qui prend la peine, en Allemagne de faire comprendre et respecter les doutes légitimes que suscite, à Paris, une application trop mécanique des règles au moment où la récession et la déflation menacent ?

Il ne serait pas si compliqué de ne pas jeter de l’huile sur le feu, en rappelant que l’euro est un bien commun. Ces chamailleries sont indignes de nos deux pays.

Petit clin d’œil : la statuette d’angelot ci-dessous m’a également été offerte à cette occasion ; elle rend hommage au caractère idéal de l’engagement européen et … à la combattivité nécessaire, par les temps qui courent, pour le défendre.

 

Danke sehr.IMG_0412

2017-05-19T00:50:38+00:00