Rome n’est plus dans Rome, elle est toute … où nous sommes

Chronique européenne du large n°10

16 mai 2009

 

Dans le quartier du Trastevere, à Rome, une communauté de laïcs mène, depuis quarante ans, une action spirituelle et caritative de proximité. Née de l’initiative d’un lycéen désireux d’accompagner les pauvres, Sant’ Egidio* a peu à peu acquis une renommée mondiale en pratiquant une « diplomatie » d’un nouveau genre : combat contre la peine de mort et en faveur de la paix, règlement des conflits en Afrique ou en ex-Yougoslavie.

Pour ceux qui rêvent d’une Europe à la fois plus fraternelle et plus ouverte sur la planète, généreuse et simple, Sant’ Egidio constitue un formidable encouragement. Son fondateur, Andrea Riccardi, sera présent à Paris, aujourd’hui, à la Mutualité lors de la rencontre « Ensemble pour l’Europe »**. Ce mouvement réunit plus de 25 associations catholiques, orthodoxes, protestantes engagées sur le terrain, dans l’action sociale. Après deux premiers rassemblements à Stuttgart en 2004 et 2007, celui de Paris marque leur volonté d’être durablement présentes dans le débat européen. L’après-midi, à titre personnel, je participerai à un échange avec des personnalités politiques sur l’Europe. Après-guerre, les mouvements chrétiens de jeunesse ont permis à des milliers de syndicalistes, d’agriculteurs, d’étudiants ou d’ouvriers de participer à l’aventure européenne. Dans l’Ouest, où ils ont été particulièrement actifs, cette tradition se sent encore.

A l’occasion des 50 ans du traité de Rome, en 2007, un groupe de réflexion constitué à l’initiative des épiscopats européens (Comece)*** a rappelé qu’au-delà des politiques et des institutions, l’Union européenne repose sur des valeurs. Ce sont notamment la paix et la liberté ; le rapprochement des peuples – et non l’alliance des seuls Etats ; une conception de la puissance qui intègre le sens des responsabilités envers les pays plus pauvres ; le souci de justice sociale.

Les chrétiens ont un rôle important à jouer pour que l’Europe se consolide et redevienne plus solidaire, plus respectueuse de la nature et des besoins profonds des êtres humains. Toutefois, ils n’ont pas l’exclusivité de ces valeurs et chacun, en Europe, peut utilement contribuer à l’oeuvre commune. Sans l’apport des philosophes des Lumières, sans certains agnostiques comme le Belge Paul-Henri Spaak, l’Europe ne serait pas ce qu’elle est.

Pour que notre Union devienne plus humaine, plus fraternelle, il est temps que tous les hommes de bonne volonté, chrétiens ou non, croyants ou non, se rencontrent, définissent la société qu’ils veulent bâtir et retroussent leurs manches pour la faire vivre. L’Europe est un arbre appelé à croître et à porter du fruit.

 

Sylvie Goulard

 

*www.santegidio.org

** Programme complet de la rencontre sur le site http://www.together4europe.org/fr/

***Une Europe des valeurs. La dimension éthique de l’UE, rapport envoyé aux évêques de la Comece

(Commission des Episcopats de la Communauté Européenne) www.comece.org

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