Une réunion publique a été organisée au Parlement européen, le mercredi 15 octobre, à l’occasion de  la journée mondiale de refus de la misère.

En lien avec le thème choisi par l’ONU “Ne laisser personne de côté : Réfléchir, décider et agir ensemble contre la misère”, la réunion a dressé le bilan de l’action des cinq dernières années et lancé une réflexion sur les années à venir.

En début de mandature, et à la veille de l’entrée en fonction d’une nouvelle Commission européenne, le moment était opportun pour évaluer les politiques passées, tout comme pour réfléchir aux besoins futurs. Nous avons voulu le faire avec les personnes démunies et avec ceux qui les accompagne au quotidien, dans les milieux associatifs.

Un premier panel a réuni plusieurs ONG engagées dans la lutte contre la pauvreté, incluant des personnes avec une expérience concrète de la pauvreté, en présence du Vice-président désigné de la Commission et ancien Premier ministre letton, Valdis Dombrovskis.

Ce panel a été suivi par un « brainstorming » entre députés européens et une représentante de la présidence italienne du Conseil des ministres, sur l’avenir de la stratégie 2020.

Même si, à cette date-là, la nouvelle Commission n’avait pas encore été confirmée, ce fut un plaisir d’accueillir M. Dombrovskis à la réunion. L’opportunité a pu être saisie d’expliquer le rôle du futur Vice-président en charge de  l’Euro et du Dialogue social mais également d’exposer un certain nombre de priorités de la nouvelle Commission, notamment le besoin d’avoir un dialogue plus construit avec la société civile et de mieux prendre en compte les conséquences sociales des politiques économiques et financières.

Dombrovskis s’est montré très attentif, il a entendu les attentes des militants ATD Quart Monde qui ont exposé clairement leurs espoirs et attentes vis-à-vis de la nouvelle Commission.

Une des raisons d’être de ce groupe de réflexion est d’être un lieu de rencontre et d’échange entre les plus démunis et les décideurs européens, comme le souhaitent les personnes démunies.

Une délégation d’ATD Quart Monde a d’ailleurs présenté un document qui a été conçu et diffusé lors des élections européennes, contenant 14 propositions concrètes pour améliorer la vie des plus démunis. L’une de leurs demandes est d’être inclus dans la conception des politiques européennes, de jouer un rôle pour améliorer la construction européenne.

Les personnes démunies ne demandent pas seulement une aide matérielle, et encore moins la charité. Elles estiment pouvoir contribuer, par leur expérience vécue, à l’amélioration des politiques publiques.

Ces échanges entre les représentants des institutions et les plus démunis peuvent avoir un effet concret sur les politiques proposées, comme Elena Flores, directrice à la DG ECFIN (au sein de la Commission européenne) et “alliée” d’ATD Quart Monde l’a témoigné. L’Union européenne est fondée sur des valeurs, elles se trouvent dans les traités, ATD Quart Monde demande que toute politique, y compris la politique économique, soit conçue en référence à ces valeurs fondamentales.

Bien que chaque ONG représentée à la réunion ait des priorités propres, leur message a été convergent : il y a urgence. Barbara Helfferich d’EAPN a expliqué qu’un quart des Européens vivent en-dessous du seuil de  pauvreté et personne ne réagit. Si un quart des européens souffraient d’une maladie particulière, on peut imaginer qu’une action serait lancée pour y remédier. Tous les responsables associatifs ont demandé que les politiques tiennent compte des priorités économiques mais également des impacts sociaux. La participation des citoyens est essentielle, Freek Spinnewijn de FEANTSA a souligné le besoin de modifier les règles des initiatives citoyennes parce qu’actuellement les sans-abris ne peuvent y participer, faute d’adresse fixe. Il faut trouver une solution permettant la participation de tous. Une autre priorité, clairement exprimée par Heather Roy d’Eurodiaconia, est le besoin d’une perspective à long terme. Pendant la crise, il a été nécessaire de prendre des décisions d’urgence ; ce dont l’Europe a actuellement besoin est une stratégie de long terme qui aborde les problèmes structurels et les questions difficiles comme la distribution de la richesse dans la société, la fiscalité, l’accès aux services essentiels et non pas simplement la pauvreté. Une inquiétude partagée par de nombreuses ONG est le problème des travailleurs pauvres ; Jorge Nuño Mayer de Caritas a exposé le problème : de plus en plus de personnes travaillent mais restent pauvres, ce qui va à l’encontre des valeurs de l’Union. Pour lui, il faut s’assurer que les politiques de l’emploi et du chômage soient efficaces dans tous les Etats membres.

Suite à ces interventions M. Dombrovskis a affirmé partager l’opinion que les partenaires sociaux doivent jouer un plus grand rôle, que les recommandations par pays et les programmes de travail de chaque Etat membre sont une opportunité de discussion entre les gouvernements et les partenaires sociaux. Avec la Commissaire-désignée en charge de l’emploi et des affaires sociales, Mme Thysssen, M. Dombrovskis entend augmenter la visibilité des indicateurs sociaux dans les recommandations par pays, de manière à ce qu’ils soient pleinement pris en compte à  l’avenir.

Lors du deuxième panel, Virginia Mucchi, de la représentation italienne auprès de l’UE, a pu expliquer les priorités de la présidence italienne sur ces questions. Des débats ont eu lieu au Conseil des Ministres pour déterminer si les politiques actuelles atteignent réellement leur objectif. Le fossé entre les engagements pris au niveau européen et la mise en œuvre concrète constitue un problème. Mais il y a de plus en plus d’élan au niveau du Conseil pour définir et mettre en oeuvre une stratégie de croissance qui soit à la fois inclusive et durable. Beaucoup de travail reste à faire.

Jean Lambert, députée européenne, britannique, groupe des Verts, souhaite un plan pour garantir que ce que certains citoyens européens, par exemple en Grèce, ont vécu pendant la crise ne se reproduise  jamais.  Pour elle, nous parlons de sortie de la crise, d’un retour à la croissance mais il faut se méfier de certaines données statistiques qui cachent des problèmes très graves. L’augmentation des prix de l’essence et la nourriture signifie en réalité qu’au Royaume-Uni les 10% les plus pauvres de la société ont perdu 15% de leurs revenus. Un retour vers la croissance sera positif mais la croissance toute seule n’assurera pas la distribution des richesses.

Pour sa part, Sylvie Goulard, députée européenne, ALDE française, a rappelé que les citoyens attendent des actions et non plus des « annonces ». Et si, pour y remédier, il faut modifier les règles concernant la prise de décisions au Conseil alors cela vaut la peine d’y réfléchir. Il n’est pas normal qu’un seul pays puisse bloquer un sujet par un veto ; la prise de décisions à la majorité serait beaucoup plus juste, par exemple en matière de convergence fiscale.

Veronique Lope-Fontagné, députée européenne, PPE espagnole, a un regard plutôt encourageant. Depuis la crise, tout le monde est désormais conscient qu’il y a une population fragile qu’il faut aider. Il n’est plus possible de fermer les yeux, de se focaliser uniquement  sur la croissance et de laisser ceux qui en ont le plus de besoin derrière : il faut avancer vers une croissance inclusive et des investissements sociaux. Il faut garantir que les initiatives soient bien gérées. Il vaut mieux valider moins d’actions mais valider des actions concrètes et réalisables.

Silvia Costa, députée européenne et présidente de la commission culture et éducation, S&D italienne, a ajouté que, pour elle, la  priorité absolue est de lutter contre le départ précoce des jeunes de l’école : c’est le début d’un cercle vicieux qui mène souvent à la pauvreté et l’exclusion. Il faut examiner comment mieux préparer les jeunes d’aujourd’hui au marché du travail, comment modifier les systèmes d’éducation et de formation pour s’assurer que les jeunes ont les compétences nécessaires pour pouvoir avoir un travail décent. Il faut utiliser tous les outils à notre disposition, notamment les échanges de bonnes pratiques à tous les niveaux. C’est la responsabilité de tous : gouvernements, Commission, députés européens et ONG ; il faut travailler ensemble à  des initiatives qui améliorent et stabilisent l’Europe.

A la fin de la réunion, s’est tenue une petite cérémonie autour de la “dalle ATD Quart Monde”, sur le parvis du Parlement européen, pour commémorer les victimes de la pauvreté. Il s’agit toujours d’un moment touchant qui nous rappelle la violence de la misère. Les personnes démunies présentes en témoignent.

 

 

Compte-rendu rédigé par Heather BAILEY

 

2017-05-19T00:50:38+00:00