Chronique d’Europe, Paris, vendredi 19 juin

Le 19 juin, j’ai modéré la première session plénière de la conférence politique annuelle de FEANTSA, Le ‘sans-abrisme’, un phénomène local…avec une dimension européenne, organisée à Paris.

La plénière avait pour thème : “Comment assurer la connexion entre les diverses actions entreprises pour lutter contre le “sans-abrisme” aux différents niveaux (local, régional, national et européen) ?”.

Les membres du panel ont présenté la situation dans leurs pays et leurs priorités pour réduire et même ramener à zéro le nombre de gens vivant dans la rue. Bien que la situation soit différente d’un pays à l’autre, tous les intervenants partageaient un certain nombre de convictions.

  1. Sans un toit, il est impossible  de sortir de la pauvreté et de se réintégrer dans la société. Partout en Europe (et dans le monde), il faut donc des logements de qualité, à des prix abordables, là où les personnes souhaitent vivre.
  2. Un logement ne suffit pas ; toutes les réponses pour lutter contre la pauvreté doivent être coordonnées pour assurer la réintégration sociale. Par exemple, les services sociaux, de l’emploi, de santé, disponibles pour aider les plus démunis, doivent travailler ensemble. Ils doivent être conçus en fonction des besoins des plus démunis, identifiés en les consultants étroitement.  Ce doit être le point de départ de toutes les politiques de lutte contre le “sans-abrisme”.
  3. L’enjeu est toujours de savoir qui est responsable de quoi, quelles sont les priorités et les points d’action.  Il est essentiel de bien identifier les priorités avant de lancer des stratégies et des plans d’action.

Un mot qui a souvent été utilisé pendant la plénière est celui de “valeurs”.  Mettre fin au ‘sans-abrisme’ est une obligation morale. Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre a justement rappelé qu’actuellement, en France, un droit fondamental était le droit au logement opposable. Il faut lutter contre la tentation actuelle de chercher une solution “pragmatique” à l’augmentation du nombre de sans-abris en Europe, en discriminant parmi les discriminés.

Une action sur plusieurs niveaux est primordiale. Même si la responsabilité des stratégies de lutte contre le “sans-abrisme” reste au niveau national/régional/local, l’ensemble du panel était d’accord sur le rôle clé que peut jouer l’Europe, il n’est pas pour autant question d’édicter une liste de règles au niveau européen indiquant ce qu’il faut faire, ou ne pas faire.

Mais l’Europe peut insuffler une dynamique, pousser pour des politiques économiques qui créent du travail, aident à créer les conditions favorables aux  investissements dans les infrastructures et le logement. En particulier, il faut continuer de développer et affiner des indicateurs sociaux. La Commission doit être vigilante quant aux Etats membres qui ne développent pas de bonnes stratégies.

Les fonds européens (dans le cadre du fond social européen, FSE, ou du fond européen d’aide aux plus démunis, FEAD) sont des ressources importantes pour les Etats qui choisissent de les utiliser. Et l’attention, dans le FES, sur l’exclusion sociale, plutôt que seulement sur l’emploi, est vue comme une avancée importante. Ceci dit, comme c’est souvent le cas, la complexité des règles peut rendre l’accès aux fonds impossible. Simplifier les règles, voilà un point d’action à mettre en œuvre au niveau européen, tout comme encourager les échanges d’informations et de bonnes pratiques.

La Commission n’est pas seule à devoir agir. L’une des propositions du panel était de mener un vaste programme de sensibilisation sur la situation de certains de nos concitoyens. La mobilisation des politiques contre le “sans-abrisme” dépend de la mobilisation de tous les citoyens. Les associations présentes dans la salle reconnaissent que cet aspect pourrait être un pilier important de leur travail.

Il était très intéressant d’avoir Tim Richer, membre de la “Canadian Alliance to End Homelessness”, dans le panel. Des actions très concrètes, menées par les sept plus grandes villes de la région d’Alberta, au Canada, ont pu réduire le nombre de sans-abris. La démarche a été « bottom up » : ces villes ont convaincues, ensemble, le gouvernement de la province, de soutenir et de financer des projets pour lutter contre le “sans-abrisme”. Cela pourrait être une source d’inspiration en Europe.

Cette plénière a été très constructive, avec des échanges intéressants et une motivation sans faille dans la lutte contre le “sans-abrisme”.

 

2017-05-19T00:50:34+02:00