Dans toutes les familles politiques, il est aujourd’hui de bon ton de dire que l’Europe va mal parce que des “technocrates” la gouvernent. Le salut viendra des « politiques » et de la politisation, nous dit-on.
Rien n’est moins sûr.

 

Le reproche fait à la “technocratie “est en grande partie une manière de se défausser : la Commission européenne actuelle est essentiellement composée d’anciens Premiers ministres et d’anciens ministres. Et ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement qui prennent les décisions les plus importantes, réunis au sein du Conseil européen. Quant aux technocrates de la Banque centrale, de l’avis général, ils “font le job”.

Dans ce contexte, l’approche partisane est à courte vue. A force de promettre une « réorientation de l’Europe » bloc contre bloc, qui n’adviendra pas, on aiguise les divergences sans rien régler.

De ce point de vue, la motion majoritaire du parti socialiste (portée par le Premier secrétaire, l’ensemble du gouvernement, y compris les ministres des affaire étrangères et des affaires européennes, ainsi que par le commissaire Moscovici) laisse songeur, comme l’a relevé le journal Libération dans son édition du 14 avril 

Pour “réorienter l’Europe”, cette motion invite entre autres (sic) :

  •  à “la confrontation avec les droites européennes – et particulièrement, la CDU-CSU allemande” ;
  • et à ce que “les disciplines budgétaires [soient] assouplies ».

Si ce sont des mots en l’air, toute la discussion autour des motions n’est qu’un attrape-nigaud. Mais il ne faudra pas s’étonner que les citoyens, déçus, se détournent des partis modérés.

Si ce programme est sérieux, on peut se demander en quoi il aidera à trouver une solution aux graves problèmes pendants, notamment la crise avec la Grèce ou le chômage de masse, qui supposent un accord franco-allemand.

Faut-il vraiment que, dans un contexte de crise grave, le PS français et la CDU-CSU allemande s’affrontent dans des postures droite-gauche caricaturales ? Les Européens attendent des résultats concrets plutôt que des combats de coqs.

Et, jusqu’à nouvel ordre, les membres de la Commission européenne sont censés être indépendants. Si certains commissaires tiennent un discours différent à Bruxelles (notamment devant les députés européens) et devant les militants de leur parti, dans leur pays, cette institution collégiale ne gagne pas en crédibilité.

François Mitterrand, qui a tant travaillé à aplanir les divergences avec le Chancelier Kohl (CDU), au service de l’Europe unie, doit se retourner dans sa tombe.

La controverse soulevée par les propos de Wolfgang Schäuble sur la nécessité de faire avancer les réformes en France, montre qu’il vaut mieux ne pas jeter de l’huile sur le feu.

2017-05-18T12:24:03+00:00