Interview de Sylvie Goulard dans L’Opinion 01.07.2015

François Hollande n’est pas sur la même position qu’Angela Merkel. Est-ce un problème ?

Si c’est une répartition tactique des rôles, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. En revanche, si la différence de position révèle un moindre souci, du côté français, de l’usage de l’argent public, c’est plus gênant. Pour aider la Grèce, la France est engagée à hauteur de 42 milliards environ, l’Allemagne près de 60. En RFA, le débat est vif. Les Allemands ne sont pas « égoïstes » ; le Bundestag surveille l’emploi d’une ressource rare, l’argent public.

Quel regard portez-vous sur le rôle de médiateur joué par François Hollande dans la crise grecque ? Est-il selon vous isolé ?

Je ne peux pas juger puisque toute la négociation se déroule derrière des portes closes. Les citoyens n’ont accès à aucune information. Au fil de la crise, le Conseil européen et les ministres des Finances ont pris une place qui n’est pas prévu par les traités. La démocratie européenne a été mise à l’écart. Le Parlement européen n’est notamment pas impliqué alors qu’il s’agit du seul lieu où l’on pourrait avoir un débat transfrontière, transparent visant à convaincre le peuple grec qu’il n’est pas tombé dans les mains de « technocrates » imposant l’austérité par goût du sadomasochisme. Si l’opinion publique européenne était prise à témoin, les choix seraient collectifs et plus légitimes. Il est dangereux de continuer à monter les peuples les uns contre les autres, alors même que certains contribuables modestes de France ou d’Allemagne sont mis à contribution et certains Grecs fortunés échappent aux impôts.

Trouvez-vous que la voix de la France est suffisamment entendue dans le débat?

Je suis frappée qu’on parle de la nécessité d’avoir l’accord du Bundestag mais pas du Parlement français. La constitution de 1958 ne prévoit certes pas que le Président de la République reçoive mandat avant d’aller négocier et rende des comptes. Mais est-ce encore adapté, en 2015, vu l’interdépendance que crée l’euro ? L’Assemblée nationale n’a pas même essayé d’instaurer une pratique innovante, en marge des textes. Elle n’a pas voté les documents envoyés à la Commission sur le budget français. Et ensuite on accuse « l’Europe » de ne pas être démocratique ! Une réforme à deux niveaux s’impose : national, pour que nos négociateurs rendent plus de comptes ; au niveau européen, pour créer l’espace politique indispensable à la gestion conjointe de nos économies et nos systèmes sociaux. Nos gouvernants gèrent la crise au jour le jour mais ils n’ont pas de cap européen.

2017-05-19T00:50:33+02:00