Le drame des réfugiés fait réagir Sylvie Goulard. « Il n’y a qu’à les renvoyer chez eux », disent certains. Et l’eurodéputée de se demander : « Qui sommes-nous pour reprocher à des êtres humains de vouloir préserver leur dignité ? »

« Un afflux sans précédent de clandestins et d’islamistes » : voilà comment un mouvement xénophobe a résumé la situation pendant le débat au Parlement européen avec le président Jean-Claude Juncker, le 9 septembre 2015.

S’interroger sur les capacités d’accueil de nos pays, le coût du logement des réfugiés ou la scolarisation de leurs enfants est tout à fait légitime. La générosité a ses exigences et ses limites.
La lutte contre le terrorisme ne tolère pas non plus l’angélisme. Mais ces considérations ne sauraient justifier des mensonges éhontés.

L’immense majorité des arrivants fuient des pays en guerre, notamment la Syrie (un quart des flux actuels), l’Érythrée, l’Afghanistan. Ils cherchent à échapper au chaos, au fanatisme du soi-disant État islamique qui est d’une rare cruauté.

Au Congo, comme au Moyen-Orient, le viol est devenu une arme de guerre, l’avilissement des femmes un objectif. Quiconque a entendu le docteur Mukwege, ce gynécologue congolais lauréat du prix Sakharov 2014, raconter les atrocités qu’il a vues, ne peut plus tolérer qu’on débite des inepties du type : « Il n’y a qu’à les renvoyer chez eux », comme si leur « chez eux » était un pays de cocagne. Qui sommes-nous pour reprocher à des êtres humains de vouloir préserver leur dignité ?

Ce ne sont pas non plus des « islamistes » ; certains sont des chrétiens, des yezidis, des non-croyants, d’autres sont des musulmans victimes du fanatisme islamique. Les assimiler à leurs bourreaux est un non-sens.

C’est comme si, au XXe siècle, on avait traité de nazis les juifs fuyant le Reich. Les chrétiens ne doivent pas cautionner ces mensonges. Les Églises ont d’ailleurs appelé les Européens à prendre ensemble leurs responsabilités. Dans l’Évangile, l’amour du prochain transcende les nations, le don passe avant le calcul, l’ouverture avant la défense d’une identité qui, pour beaucoup d’Européens, est d’ailleurs souvent le fruit de brassages.

Ces réfugiés secouent nos consciences. Ils ouvrent nos yeux sur l’inégalité du monde et sur nos propres échecs. Dans quel monde voulons-nous vivre ? Un ghetto protégé par des barbelés ? Qu’avons-nous manqué par le passé dans l’accueil des étrangers et la lutte contre la pauvreté ? Pourquoi les « valeurs de la République », que les politiques ont tant à la bouche, ne sont-elles pas vivantes et vibrantes ? Les chrétiens, forts de l’espérance, doivent oser affronter ces questions sans tomber dans le piège identitaire.

« Ces réfugiés secouent nos consciences. Ils ouvrent nos yeux sur l’inégalité du monde et sur nos propres échecs », Sylvie Goulard, eurodéputée.

2017-05-18T11:43:33+02:00