L’Union qui tient la route

23 septembre 2009

« Je ne suis pas un doctrinaire de l’Europe unie ; on m’a souvent demandé si j’étais fédéraliste ou non, constitutionnaliste ou non, si je voulais faire l’Europe politiquement ou économiquement. J’ai toujours répondu que je voulais faire l’Europe tout court et par la voie la meilleure.
(…)

J’adore cette phrase de Spaak qui résume exactement ce que j’ai toujours ressenti.

Tout est dit : il veut le meilleur pour l’Europe, sans s’embarrasser de querelles de chapelles. Et chez lui, c’est crédible car il sait faire la différence entre l’Europe qui marche et celle qui n’est que poudre aux yeux.

Depuis 1950, nous avons eu plusieurs manières de faire l’Europe. Mais une vérité émerge de ces 60 ans d’expérience qui plairait bien à Monsieur de La Palice : l’Europe existe, et a été perçue comme telle, quand elle s’est donné les moyens d’exister.

L’UE a une monnaie, l’Euro, gérée par une banque centrale ; les Américains ou les Chinois savent qui s’occupe de la monnaie : c’est le Président de la Banque centrale européenne, qui siège à Francfort et qui dialogue avec les autorités nationales et la Commission ou le Parlement. Aujourd’hui, c’est Jean-Claude Trichet. En revanche, elle ne s’est pas dotée de règles de contrôle des banques, ni d’instruments efficaces macro-économiques pour piloter l’économie. La crise montre le contraste préoccupant qui existe entre d’un côté le volet monétaire, construit sur un mode sérieux et efficace ; et le volet économique laissé au bon vouloir des Etats. Par temps calme, cela allait encore. Dans la crise, c’est une schizophrénie délicate.

L’UE a une politique commerciale avec un commissaire qui, sur mandat des gouvernements, négocie au nom de tous, par exemple à l’OMC ou au codex alimentarius (organisation de défense des appellations d’origine). Les membres du Congrès américain, les dirigeants chinois, savent qui est responsable du commerce en Europe. Elle a aussi une politique agricole commune, depuis le début des années 60 qui a des effets mondiaux, heureux quand l’approvisionnement de l’Europe en aliments de qualité est assuré, moins heureux quand le tiers monde souffre des aides accordées par les pays riches (Etats-Unis compris) à leurs agriculteurs.

L’UE a une politique de la concurrence ; un commissaire en est responsable ; c’est un interlocuteur identifié, reconnu dans le monde entier. Il peut se tromper, bien ou mal décider mais une figure européenne existe.

L’UE a aussi une politique normative ; quand de nouvelles règles s’appliquent sur le marché intérieur, les entreprises du monde entier en tiennent compte. Parfois, cela ne plait pas aux Américains par exemple qui voudraient pouvoir nous vendre du bœuf aux hormones et des poulets lavés au chlore. Les Européens sont notamment en pointe dans le combat contre le changement climatique, pour réglementer l’émission de gaz à effet de serre et échanger des droits à polluer.

Sylvie Goulard

2017-05-19T15:53:19+00:00