Députée européenne, Sylvie Goulard est candidate à la succession de Martin Schulz à la présidence du Parlement. Mais à Bruxelles plus qu’ailleurs, le plafond de verre verrouille la progression des femmes.

“Regardez bien cette photo, c’est incroyable, non ?”, tonne la députée européenne Sylvie Goulard. Dès qu’elle a appris que le socialiste allemand Martin Schulz ne solliciterait pas de nouveau mandat à la présidence du Parlement européen, la Française s’est prise à rêver : et si son successeur était une femme ? Et pourquoi pas elle ?

Le lendemain, sa déclaration de candidature parvenait par mail à tous ses contacts. Elle n’a pas attendu d’avoir l’investiture de son parti. Elle s’est lancée envers et contre tous ! Car le Parlement européen a beau légiférer sur l’égalité homme-femme, militer pour que le conseil de la Banque centrale européenne (BCE) ne soit pas un cénacle purement masculin, les députés se gardent d’appliquer les règles qu’ils édictent.

La “photo” dont parle Sylvie Goulard et qu’elle brandit au cœur de sa déclaration de candidature, c’est une galerie des présidents du Parlement depuis 1979, date à laquelle les députés ont été élus au suffrage universel.  Quatorze hommes et seulement deux femmes : Simone Veil et Nicole Fontaine ! “N’est-ce pas choquant ?”, s’indigne la députée.

“Comment motiver les jeunes filles qui composent la majorité des diplômés si le plafond de verre écrase encore et toujours les femmes ?”

“Tractations à huis-clos”

Ne croyez pas qu’elle exagère ! La liste des institutions qu’elle égrène pour illustrer son propos ne laisse aucune place au doute. Présidence de la Commission ?  Jean-Claude Juncker : homme. Présidence du Conseil ? Donald Tusk : homme. Présidence de la Cour de Justice ?  Koen Lenaerts : homme. Présidence de la BCE ? Mario Draghi : homme. Présidence de la Banque européenne d’investissement ? Werner Hoyer : homme. Seule exception dans cette litanie, la Haute représentante pour les affaires étrangères et de sécurité, Federica Mogherini : femme.

Sylvie Goulard, qui appartient au groupe ALDE (Alliance des libéraux et démocrates européens), sera-t-elle soutenue par les siens ? A ce stade, rien n’est certain (et c’est un euphémisme de le dire) car, sans surprise, le président des centristes – un homme – Guy Verhofdadt, se réserverait bien le poste si son parti était en mesure de convaincre les socialistes et les conservateurs que c’est le tour des centristes de présider le Parlement. Il ne le dit pas officiellement mais en sous-main, les discussions ont commencé.

Des “tractations à huis-clos”, un choix “en catimini” décrit Sylvie Goulard, qui juge cette manière de faire anachronique, à l’heure où l’on attend plutôt de l’Europe de la transparence, de la démocratie et de l’audace. Elle n’est sans doute pas la seule puisqu’un autre Français, Alain Lamassoure s’est aussi déclaré candidat, pour le groupe PPE (conservateur). Tous deux préféreraient une sorte de “primaire” ouverte.

Genre ou compétence ? Les deux !

Pour ceux qui considéreraient que ce débat homme-femme n’a pas d’importance, que seule la compétence compte, pas de problème. Sur ce terrain-là, la députée Goulard ne manque pas d’arguments. Cette diplomate de profession siège à Bruxelles ou Strasbourg depuis 2009. Entre 2001 et 2004, elle a été conseiller du président de la Commission Romano Prodi. Européenne passionnée, elle est sans doute l’une des mieux placées pour être le porte-voix de ce Parlement qui a tant besoin de se faire entendre, de rappeler son existence, son travail minutieux et sa nature on ne peut plus démocratique : une assemblée élue au suffrage universel !

Est-ce bien nécessaire ? Plus que jamais ! Sylvie Goulard ne décolérait pas après le débat des finalistes de la primaire LR. L’Europe ? François Fillon et Alain Juppé n’ont pas daigné lui consacrer un moment. Qui peut dire que le sujet n’a pas d’importance quelques mois après le vote britannique en faveur du Brexit, la sortie de leur pays de l’Union ? Ont-ils oublié que le Front national – qu’ils disent tous les deux combattre – pousse à bas bruit l’idée d’un “Frexit”, une sortie de la France ?

“L’Europe pour les nuls”

Polyglotte, simple et direct, sans langue de bois et le rire facile, Martin Schulz a réussi à incarner une Europe sympathique, comme en témoignent ses apparitions au Petit Journal de Canal Plus. Sylvie Goulard, qui s’exprime avec la même aisance et clarté en français, en anglais, en allemand ou en italien, rêve de prendre le relais !

Elle que Mario Monti a entraîné dans les talk shows les plus agités de la télévision italienne pour faire la promotion du livre qu’ils ont co-écrits (“De la démocratie en Europe”) ou qui a publié en France “L’Europe pour les nuls” (prix du livre européen 2009), redouble d’énergie et de conviction dès qu’il faut plaider la cause européenne. De modestie aussi, car elle est la première à reconnaître les erreurs de l’Europe. Et à se battre pour qu’elle ne laisse personne de côté : elle préside par exemple l’intergroupe de lutte contre la pauvreté.

Le favori pour la présidence du Parlement sera sans doute connu avant la trêve de Noël. Le vote aura lieu en janvier. Alors messieurs les députés ne tirez-pas les premiers. Ecoutez au moins que la députée a à dire !

2017-05-19T00:50:05+00:00