07/02/2016

Propos recueillis par Sabine Syfuss-Arnaud

Alors que l’on célèbre, ce 7 février, les 25 ans de la signature du traité de Maastricht, l’euro essuie des critiques dans l’Europe entière. Pour l’eurodéputée libérale Sylvie Goulard, auteur du best-seller multiprimé “l’Europe pour les Nuls” , il faut dépasser Maastricht et réformer, mais ne surtout pas abandonner la construction européenne.

Rappelez-nous ce qui a présidé à la signature du traité de Maastricht ?

Lorsqu’en 1992, les Etats européens ont signé le traité, créant la monnaie unique, ils ont voulu parachever l’œuvre de rapprochement commencée en 1950 avec le Charbon et l’Acier, continuée avec le Marché commun en 1957. De bonnes raisons économiques y poussaient : la création d’une monnaie unique permettait d’éviter, au sein d’un même marché, des dévaluations compétitives nocives. Monnaie de réserve mondiale, l’euro devait aussi drainer vers l’Europe des capitaux étrangers.

Vous pointez néanmoins une autre raison, « primordiale », dites-vous. Laquelle ?

La génération qui avait connu la guerre, incarnée par Helmut Kohl et François Mitterrand, souhaitait cimenter l’union après la réunification allemande.

On tire aujourd’hui sur l’euro en France. Est-ce le cas ailleurs en Europe ?

L’euro est critiqué. Partout, on lui reproche d’avoir renchéri le coût de la vie. Dans le sud de l’Union européenne, trop de jeunes sont au chômage. En Allemagne et dans le Nord, on rejette les taux d’intérêt bas qui pénalisent les épargnants. Cette contestation doit être entendue, avec humilité.

D’autant que pour beaucoup d’observateurs la signature du traité de Maastricht a coïncidé avec la lente montée du populisme. Y a-t-il une relation de cause à effet ?

Les populistes se sont servis de Maastricht, de l’euro mais aussi plus tard des réfugiés comme fonds de commerce. Ils auraient pu en trouver un autre… Ils surfent sur un malaise lié à la globalisation et à la révolution technologique.

Y-a-t-il eu des erreurs en 1992 ?

Oui, des erreurs ont été commises. Romano Prodi l’a rappelé récemment. Les signataires en avaient conscience. Mais Maastricht ne devait être qu’une première étape, rudimentaire, qui devait être complétée. Et elle ne l’a pas été.

Faut-il, un quart de siècle plus tard, désespérer de Maastricht ?

Non, notamment parce que la monnaie unique appelle plusieurs réformes, et que celles-ci sont possibles. Mais rappelons-nous d’abord que les choses s’améliorent. Plusieurs pays (l’Irlande, le Portugal) sont sortis des programmes draconiens qui leur avaient été imposés au plus fort de la crise. D’autres se redressent (l’Espagne notamment). Même si elle doit encore être parachevée, l’union bancaire représente un pas en avant important. Les chiffres de la croissance sont encourageants.

Vous affirmez qu’il faut maintenant « dépasser Maastricht » en appliquant des réformes. Lesquelles prônez-vous ?

La première série de réformes relève de chaque Etat membre car de mauvaises politiques nationales ont été menées, des années durant, par facilité : l’excès de déficit et de dette en Grèce, l’abus de dette privée en Espagne, les problèmes bancaires en Italie. La France n’a pas non plus fait toute sa part, au point que l’enjeu de l’élection présidentielle de mai sera qu’elle mette ses comptes en ordre et procède à des réformes. Il est aussi important que l’Allemagne rééquilibre sa politique salariale et continue d’investir : dans le numérique, la connaissance et les infrastructures.

Que souhaitez-vous au niveau européen ?

La zone euro a besoin d’une politique macroéconomique plus performante, adossée à un budget mis au service de la recherche et de l’innovation, tout en répartissant plus équitablement les fruits de notre activité économique. Située au milieu du continent, l’Allemagne a, notamment depuis l’élargissement, des atouts que les pays périphériques n’ont pas : elle peut délocaliser ses entreprises à proximité, elle bénéficie de centaines de millions de clients potentiels pour ses exportations. Les citoyens allemands ne sont pas que des épargnants. Ils sont aussi des salariés d’entreprises qui exportent. Quant à la BCE, elle est obligée d’aller d’autant plus loin sur des voies dites « non conventionnelles » qu’elle pallie l’absence de politiques authentiquement européennes. On ne peut pas à la fois refuser toute avancée et dénoncer la politique de la BCE. Le statu quo est intenable et l’Allemagne aurait beaucoup à perdre dans une politique à courte vue.

D’où le troisième changement que vous appelez de vos vœux, « l’amélioration des contrôles démocratiques », qui implique une évolution des mentalités.

Même sans changer les traités, des progrès sont nécessaires, vu l’ampleur de la contestation. Là encore, la perception d’une nouvelle « hégémonie allemande », très forte dans le sud de l’Europe, doit être prise au sérieux en Allemagne. Si un pays comme l’Italie finissait par porter au pouvoir un populiste, ce serait autant un problème pour la stabilité de l’Allemagne que de la péninsule…

25 ans après Maastricht, vous continuez à vous battre pour l’Europe. Pourquoi ?

Les chantiers à ouvrir sont nombreux. Il ne faut pas le nier. Mais il serait hasardeux de renoncer à la construction européenne au moment où le vote référendaire du peuple britannique et l’arrivée de Trump au pouvoir disloquent l’Occident tel que nous l’avons toujours connu. Dans ce monde incertain, nous avons plus que jamais besoin de resserrer les rangs européens.

2017-05-19T14:51:02+02:00