Midi Libre 21/02/16 – par Christine Clerc

 

Qui s’en souvient ? Les Anglais et nous avons failli nous marier. C’était le 16 juin 1940. A Londres, un sous Secrétaire d’Etat français à la Défense, Charles de Gaulle et le Premier ministre britannique, Winston Churchill,  décidaient «  une chose énorme » : par télégramme au chef du gouvernement français, Paul Reynaud, réfugié à Bordeaux pour fuir l’avancée allemande, ils proposaient de créer une union franco-britannique – «  un seul gouvernement ! Une seule armée ! ». Reynaud s’y disait prêt…mais il  allait devoir céder son fauteuil au Maréchal Pétain…

 Depuis lors, combien de fois les ex-fiancés se sont-ils  affrontés !  Certes, l’héroïque aviation anglaise contribua à nous sauver et la ténacité de Churchill poussa à l’entrée en guerre des Etats-Unis. Mais  le Débarquement ne  fut annoncé qu’à la dernière minute au chef de la France Libre et la France ne fut pas conviée à Yalta, où les vainqueurs se partagèrent le monde… «  L’entente cordiale » n’aura  cessé d’être féroce. On se souvient de Margaret Thatcher  qui réclamait «  I want my money back » : François Mitterrand la décrivait avec «  la bouche de Marilyn et les yeux de Dracula ». Quant à Tony Blair, ce charmant jeune premier qui prit, contre Jacques Chirac, la tête d’une croisade  pour la guerre américaine en Irak, que de mensonges éhontés il n’hésita pas à avancer sur l’armement de Saddam Hussein ! Et quel insatiable appétit d’argent !

 David Cameron, maintenant. Non content de vouloir faire la loi dans la zone Euro sans en subir aucune des contraintes, le Premier ministre conservateur fait subir à ses partenaires européens un véritable chantage. On lui dirait «  Eh bien, sortez, à la fin ! » il serait bien embêté, lui qui prétend organiser un referendum pour permettre à ses compatriotes de dire « Non » à l’Europe tout en plaidant lui-même pour le « Oui ». L’Ecosse risquerait de faire sécession et la Grande Bretagne se retrouverait toute petite.  Mais voilà : Cameron joue  sur la peur du «  Brexit », comme Alexis Tsipras joua sur celle du « Grexit ». Tant il est vrai que la perspective de tout nouveau déséquilibre  nous paralyse.

 En se conduisant ainsi, le Premier ministre de sa Majesté  tend la main à la présidente du FN. Son propre père et sa nièce Marion jugeaient Marine Le Pen trop brutale quand elle jurait de sortir de l’Euro ? Voilà qu’un Prince charmant (un peu grossier, mais enfin…) venu d’un pays où le chômage est inférieur au nôtre et dont la City attire les fonds d’investissement du monde entier, vole à son secours. Sans vergogne, le blond  David aux joues roses prétend  laisser les milliers de migrants qui aspirent à rejoindre l’Angleterre  à l’extérieur de ses frontières, c’est-à-dire sur nos propres côtes calaisiennes, de même que Marine voudrait fermer les frontières européennes et françaises en organisant des camps de l’autre côté.  Ce n’est pas tout : la proposition lepéniste de réserver les allocations françaises aux Français, Cameron la fait sienne, à l’échelon européen, sans susciter d’autres réactions chez ses partenaires  que des mines chagrines ! De quoi, pour Marine  qu’on disait en petite forme après le semi-échec des régionales, retrouver sa bonne mine !

Cerise sur le gâteau de noces – si l’on ose dire – David suscite l’ire des représentants les plus haïs du capitalisme : les grandes banques comme HSBC. En cas de « Brexit », menacent-elles, elles supprimeront des milliers d’emplois à Londres ! Se poser ainsi en adversaire du « grand capital »,  n’est-ce pas la  preuve que l’on défend le peuple ? Après cela, Marine n’a plus qu’à crier «  Vive David ! » Et nous «  Vive les mariés ! »… Pour le pire.

2017-05-19T00:50:20+02:00