Les tensions entre nations européennes peuvent être très vives, y a-t-il un moyen de gérer les crises autrement ?

Le Conseil européen est une agglomération de souverainetés nationales qui peuvent prendre le processus en otage. La Slovaquie, par exemple, vient de menacer de faire un référendum. La Finlande a aussi un Parlement très actif. C’est pourquoi il faudrait que l’accord soit avalisé par le Parlement européen, car cela permet ensuite aux députés d’aller expliquer leur vote dans leurs pays. Il faut remettre du lien entre les Européens. Au lieu de dire que les Allemands sont contre les Grecs et les Grecs contre les Allemands, faisons observer qu’il y a des Grecs riches qui n’ont pas pris leurs responsabilités. Et il y a des Allemands et des Français très modestes dont la contribution va servir à aider un pays dont les nationaux aisés se désintéressent. Il ne faut pas monter les uns ou les autres sur des lignes nationales. C’est abominable. et ça ne correspond pas au projet européen.

sylvie goulardMais ce vote au Parlement n’est absolument pas requis ?

En droit, non, mais, dans l’histoire, les évolutions sont souvent nées d’événements majeurs. Le système tel qu’il est a une faille. Dans l’intérêt de l’Eurogroupe, il faudrait un aval européen : les députés pourraient porter cet accord. Les Grecs ont eu le sentiment d’avoir été humiliés par la troïka, d’autres, comme les Allemands, celui d’avoir été floués. Il y a en fait de bons arguments des deux côtés. La dislocation ne serait dans l’intérêt de personne, avec des conséquences financières et géopolitiques pour tous. Les Grecs ont été peu coopératifs et même assez agressifs en lançant un référendum sans attendre la fin des discussions, tout en disant vouloir garder l’euro.

Comment assurer la bonne exécution d’un accord avec les Grecs ?

La Grèce est un pays qui nous a fait énormément de promesses. Les Grecs sont certes responsables de leurs décisions – le départ de la retraite à tel âge, la TVA à tel niveau -, mais il faut que nous puissions suivre la mise en oeuvre des réformes. On peut très bien imaginer un processus par lequel ils rendent compte de l’état d’avancement d’un programme quand ils reçoivent de l’argent. Au lieu d’avoir une tutelle technocratique avec des institutions comme la BCE ou le FMI – dont l’expertise est évidemment requise par ailleurs -, on doit avoir un débat transfrontière et transparent.

De quelle façon ?

Tous les deux ou trois mois, on pourrait organiser une journée dans la commission économique et monétaire au Parlement européen. On y recevrait un rapport de la commission, de la BCE ou du FMI s’il le désire. Cette session publique, en présence du gouvernement grec, qui a la parole, peut aider à mesurer les progrès, à alerter sur les besoins d’assistance technique ou sur les retards éventuels. Et une ou deux fois par an, il faudrait un débat en plénière pour faire le point. Il faut passer d’un système technique, centré sur la finance, à un système plus large. Il faut arriver à un contrôle par les pairs.

Par Virginie Robert

2017-05-19T00:50:33+00:00