Goulard à Mélenchon : “Les Allemands n’imposent pas leur loi”

La députée européenne MoDem Sylvie Goulard répond au pamphlet de Jean-Luc Mélenchon sur l’Allemagne, “Le Hareng de Bismarck”. Entretien.

Le Point- Publié le – Modifié le

 

1° Les Allemands ne cherchent pas à imposer « leur » loi, ils demandent le respect de « notre » loi commune ! La France a voulu l’euro ; le traité de Maastricht a été négocié par François Mitterrand et sa ratification autorisée par le peuple français, par referendum. Les pays qui ont choisi de participer à la monnaie unique acceptent les règles du jeu collectif, fixées de manière démocratique. Par exemple, le pacte de stabilité a été révisé par le Parlement européen et les ministres des finances, en 2011. Le fait qu’un député européen soit dans la minorité ne signifie pas que les règles sont illégitimes.

 

La situation démographique de l’Allemagne est peu favorable en effet mais vu les emplois et la qualité de la vie qu’offre ce pays, il peut attirer des talents pour compenser, à terme, sa faiblesse démographique. Selon l’UNHCR, le commissariat des Nations unies pour les réfugiés, c’est l’Allemagne qui accueille le plus grand nombre de réfugiés en Europe.

 

2° Après la seconde guerre mondiale, les fondateurs de l’Europe unie et les Américains ont voulu éviter de refaire l’erreur du traité de Versailles, centré sur les réparations et qui, comme le redoutait Keynes, avait pavé la voie à un nouveau conflit. C’est pourquoi, dans les années 50, la réconciliation et la coopération ont été privilégiées, à travers la Communauté du Charbon et de l’Acier puis le Marché commun. Les Grecs ont bénéficié de cette logique. Depuis leur adhésion, ils ont touché, grâce à la solidarité européenne, près de 68 milliards d’euros.

 

La volte-face de Syriza fait peu de cas de la complexité de l’histoire du vingtième siècle, marquée par le conflit Est-Ouest autant que par la seconde guerre mondiale : après la capitulation du Reich, quatre puissances victorieuses (États-Unis, URSS, Grande-Bretagne et France) ont reçu, au nom de tous les belligérants, des « droits réservés » les habilitant à négocier le traité de paix. Mais l’affrontement Est-Ouest empêche de conclure le traité « classique » qui aurait rapidement réglé les questions de souveraineté de l’Allemagne, fixé les limites de son territoire et organisé ses relations économiques avec les ex-belligérants. Toutes ces questions sont mises de côté pendant toute la « guerre froide ».

 

Pour les Américains, la priorité est l’ancrage de la RFA à l’Ouest. Un accord sur la dette extérieure allemande, signé à Londres le 27 février 1953 (dont de nombreux États, Grèce incluse, sont signataires) effacent en partie certaines dettes allemandes, tout en « différant jusqu’au règlement définitif du problème des réparations… l’examen des créances issues de la deuxième guerre mondiale des pays qui ont été en guerre avec l’Allemagne ou ont été occupés par elle au cours de cette guerre. » (article 5.2). Cet accord permet entre autres l’entrée de la RFA dans l’OTAN. Notons au passage que la Grèce a également bénéficié de la protection de l’OTAN, pendant des décennies, face à la Turquie notamment.

C’est bien tardivement, et dans le contexte très particulier créé par la chute du mur de Berlin qu’est signé, le 12 septembre 1990, le traité 2 + 4 « portant règlement définitif concernant l’Allemagne » (conclu entre la RFA et la RDA ainsi que les quatre alliés de 1945, États-Unis, Royaume-Uni, URSS, France). Traité de paix qui ne dit pas son nom, il rend sa souveraineté pleine et entière à l’Allemagne. Il fixe ses frontières orientales sur la « ligne Oder-Neisse », entérinant une perte de territoire par rapport à l’Allemagne de 1938. Il règle les conditions du retrait des troupes et des armes soviétiques de l’ex-RDA. A dessein, il ne mentionne pas les réparations, comme le confirme une note récapitulative, rédigée par les négociateurs français. « Le traité de Moscou ne contient pas toutes les clauses d’un traité de paix ; il n’en porte pas le nom. En particulier, il ne mentionne pas le problème des réparations. Néanmoins, par-delà ces différences, le document du 12 septembre contient certains des aspects essentiels d’un traité de paix, au premier rang desquels la fixation des frontières de l’État vaincu (…). Le consensus s’est fait pour préserver des symboles mais il est clair que le Traité de Moscou correspond au traité de paix auquel il est fait référence dans bon nombre d’actes internationaux depuis la seconde guerre mondiale. C’est par ce non-dit, présent à l’esprit de tous, que l’accord du 12 septembre met véritablement un terme à la période ouverte en 1945 »  http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/Document_Acrobat193.pdf.
Cette interprétation est confortée par le préambule de l’accord. La priorité des Etats-Unis était l’OTAN, celle de François Mitterrand la fixation expresse des frontières.

 

Faut-il aujourd’hui revenir en arrière ? Des voix s’élèvent, y compris en Allemagne, pour en débattre. Le Président fédéral Gauck s’y est déclaré ouvert. Mais il faut réfléchir avant d’ouvrir une telle boîte de Pandore. L’Italie fasciste a déclaré la guerre à la Grèce ; sera-t-elle associée à l’Allemagne dont elle était l’alliée ? Et quid des revendications des autres pays non signataires du 2+4 ? Et des frontières ?

 

3) On ne peut évidemment pas construire l’Europe unie dans un climat de suspicion. Si une décision d’espionnage a été prise par les autorités d’un Etat ami, c’est un acte grave. Encore faut-il savoir si c’est bien le cas ou si des services secrets ont outrepassé leur mission. Le Bundestag a ouvert une commission d’enquête.

2017-05-19T00:50:36+02:00