Peut-on se dire favorable à un objectif et ne rien faire pour qu’il soit atteint? Ce n’est pas le dernier sujet de philosophie au baccalauréat mais l’une des questions clés pour l’avenir de l’Europe, que nos dirigeants affronteront ce soir, lors du Conseil européen.

Comme cela semble naturel en 2014, Jean-Claude Juncker, le nouveau Président de la Commission européenne, a exprimé le vœu de diriger une équipe comptant un nombre équilibré d’hommes et de femmes. Cela suppose qu’une bonne douzaine d’États membres proposent des candidates sérieuses (27 postes restant à pourvoir). Il ne s’agit pas d’une formalité : de nombreux députés européens font du respect de la parité,une condition de leur vote de confiance à la Commission. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, socialiste, a lui-même affirmé que sans parité, le collège risquait d’être rejeté.

À l’exception de l’Italie, la plupart des États qui se prétendent « grands » paraissent décidés à ne proposer que des hommes. Le Royaume-Uni a déjà désigné Lord Hill. En Allemagne, en France, ce sont des candidats qui semblent favoris. Cela signifie-t-il que l’effort doit porter sur les seuls « petits » pays?Et, sans vouloir faire de peine à Matteo Renzi, faut-il conforter l’idée que le poste de Haut Représentant est « réservé aux femmes » alors que les grandes capitales ont systématiquement mis des bâtons dans les roues de Mme Ashton, vidant son portefeuille d’une partie de sa substance ?

Cette attitude est non seulement machiste et rétrograde mais elle est dangereuse. Elle consiste à faire l’autruche au lieu de prendre sa part de la responsabilité collective.

Elle montre combien nos dirigeants ont du mal à travailler en équipe. Transposée aux questions de changement climatique, de réduction de la dette ou de partage du fardeau des demandeurs d’asile, elle fait frémir : elle signifierait en effet que la dérobade est érigée en principe de gouvernement.

Au baccalauréat, on attendrait du candidat qu’il mentionne Kant et son “impératif catégorique” en vertu duquel chacun doit considérer le bien commun comme dépendant de son action individuelle. Le sens des responsabilités invite à contribuer activement à un objectif qu’on affiche. En pratique, une bonne solution consisterait, pour chaque pays, à proposer à Jean-Claude Juncker au moins un homme et une femme. L’enjeu est aujourd’hui la parité, il pourra être encore plus vital demain. Les grands pays sont-ils des leaders ou des passagers clandestins ?

2017-05-18T14:09:19+00:00