La France emmerdeuse, emmerderesse, emmerdissime ?

20 mai 2005

Elle n’est pas jolie la France, quand Marie-Georges Buffet va bras dessus, bras dessous avec Jean-Marie Le Pen, quand Philippe de Villiers et Jean-Pierre Chevènement jouent ensemble du pipeau nationaliste.

Elle n’est pas jolie la France où certains croient qu’un coup de gueule abolirait le hasard, qu’un grand sursaut redessinerait le paysage européen, aplanirait les divergences, supprimerait la concurrence.

Elle n’est pas jolie la France des « y a qu’à » et des « faut qu’on », des promesses intenables et des illusions douces : « Votez non, mes amis, demain on rase gratis ».

Elle n’est pas jolie la France, quand Marie-Georges Buffet va bras dessus, bras dessous avec Jean-Marie Le Pen, quand Philippe de Villiers et Jean-Pierre Chevènement jouent ensemble du pipeau nationaliste.

Elle n’est pas jolie la France où certains croient qu’un coup de gueule abolirait le hasard, qu’un grand sursaut redessinerait le paysage européen, aplanirait les divergences, supprimerait la concurrence.

Elle n’est pas jolie la France des « y a qu’à » et des « faut qu’on », des promesses intenables et des illusions douces : « Votez non, mes amis, demain on rase gratis ».

Elle n’est pas jolie la France qui se ridiculise aux yeux du monde entier en racontant n’importe quoi, cette France du non qui, si souvent, ment à tour de bras.

Ment sur l’IVG ou sur le divorce en faisant peur aux femmes : la Constitution européenne n’y touche pas.

Ment sur l’OTAN : la France, l’un de ses piliers, lui doit sa sécurité ; la Constitution apporte au contraire, pour la première fois, une solidarité militaire entre Européens.

Ment sur une possible renégociation de la Constitution : l’Europe est un jeu collectif, pas une piste de cirque où celui qui fait le clown a le plus de chance de convaincre.

Ment sur les chances d’aboutir à un texte moins « libéral » : où est le programme commun alternatif, l’impossible dénominateur commun du FN et du PC, de Phillippe de Villiers et d’Emmanuelli, de Nicolas Dupon-Aignan et d’olivier Besancenot ? Et où sont les partenaires européens crédibles de cette bande hétéroclite ?

Ment sur la révision de la Constitution : celle-ci n’est pas plus « gravée dans le marbre » que le traité de Nice ; en cas de non, c’est celui-là qui s’appliquerait, en nous plombant durablement.

Ment sur la perte d’influence de notre pays : la France du non et de Nice, c’est 9 % environ des votes au conseil, celle du oui, 13%.

Ment sur l’adhésion turque : le non n’entrave en rien la marche de ce pays vers l’UE ; c’est un oui qui élève la barre, notamment avec la Charte des droits fondamentaux.

Des questions posées par ce traité et par la manière dont fonctionne l’Union européenne, il y en a. Et matière à débat. Nul ne le nie. C’est même l’objet de ce référendum. Mais elle n’est pas jolie la France de Descartes qui, soudain est incapable de raisonner juste : le seul effet garanti du NON sera de confier à Jacques Chirac la responsabilité de renégocier en notre nom…

Elle n’est pas jolie la France, archaïque, avide dans un mouvement de panique, de brûler l’Union européenne. Au Moyen–âge aussi, par peur, on chargeait la sorcière de tous les maux du village…

Elle n’est pas jolie la France de certaines élites, soi disant pro OUI qui, dans le fond se moquent de l’Europe comme de leur première chaussette. Elites chauvines dans es arguments, ignorantes des réalités bruxelloises, méfiantes à l’excès. Et face au match nul des ignorants, le peuple n’en peut mais.

Elle n’est pas jolie la France des beaux quartiers boudeurs qui s’ennuient et qui, par dépit, s’apprêtent à faire un caprice. Les bobos ne seront pas ceux qu’on pense. Préparez l’arnica.

Elle n’est pas jolie la France, incapable de se pencher sur les vrais enjeux économiques de demain. La doulce France qui rêve encore de Sully et de Colbert, de barrières et de manufactures nationales. Rêve freudien de mamelles, de verts pâturages et de temps jadis, au frais des contribuables européens. Et tant pis si, via la politique agricole européenne, nos partenaires déversent sur notre pays 8 milliards d’Euros par an…Il n’y a pas de petit profit. Ni de raison de leur manifester la moindre reconnaissance.

Elle n’est pas jolie la France, égoïste et honteuse qui, sur les marchés mondiaux, profite du capitalisme et joue à leur cracher dessus. La France qui veut bien vendre aux Asiatiques des Airbus, du cognac et des carrés de soie mais ne veut pas de leur textile. La France, dernière réserve des dinosaures post soviétiques qui viennent, la bouche en cœur, expliquer que le collectivisme aurait pu marcher… Qu’ils aillent à Tallin ou Bratislava, ils seront sûrement écoutés.

Non, tu n’es pas jolie la France. Tu n’es plus cette nana jeune et fraîche qui peut dire « zut » en espérant emporter le morceau, au culot. Celle qui fait le coup de la chaise vide, de la rupture. Sous les yeux, tu as des rides et des plis, au coin des paupières, au coin de la conjoncture. Devant tes millions de chômeurs et de pauvres, il ne te suffit pas, pour tout régler, de détruire au lieu de construire. Dans un monde de performances, celui qui est respecté est celui qui réussit, celui qui convainc. Il y a des choses à changer mais pas par le coup de menton. Par le travail au petit point. C’est plus dur, mais nier cette réalité n’est pas honnête. Faire miroiter à ceux qui souffrent des solutions simplistes est la pire des hypocrisies. Et qu’as-tu à offrir ? Qu’as-tu inventé récemment dans la course mondiale à l’innovation ? La RTT ? Tu devrais essayer de la vendre aux Chinois et aux Indiens… Là encore, tu seras sûrement écoutée. Enfin, si tu parles un peu anglais… Car tu n’es pas jolie la France lorsqu’au lieu de sourire tu as, aux commissures des lèvres, la grimace de ta puissance déchue, amertume et regret.

Pourtant, tu es encore jolie la France. Et ils sont nombreux ceux qui t’aiment. Ils sont nombreux ces Européens venus à toi pour te dire, simplement, que sans toi, l’aventure ne serait plus la même… Si tu joues le jeu, tu seras appréciée à ta juste valeur, toi qui as tant apporté à l’Europe. Si tu tiens ton rang sans arrogance, si tu travailles, si tu restes responsable et constructive. Si tu ratifies ce traité pour ce qu’il est : un progrès, toujours bon à prendre, un petit pas en avant sur une longue route à faire ensemble où rien n’est « gravé dans le marbre ». Où il y aura d’autres étapes. Tu es jolie la France si tu cesses de jouer à la mijaurée qui se prend pour le nombril du monde. Si, sur le chemin de l’Union politique, tu ne déçois pas tous tes partenaires suspendus à ton vote. Si tu résistes à ce non d’humeur qui condamnerait tout notre continent à perdre des années dans son unification politique, à un moment précieux.

L’enjeu est vital : celui d’être ou de ne pas être seulement « la périphérie de Shangaï » comme l’a dit Mario Monti. Tu es jolie si, avec tes 1200 ans d’histoire et tes 60 ans d’aventure communautaire et tes talents à la pelle, tu joues sur le terrain de la maturité, de la sagesse, de l’expérience. L’Europe est ton enfant L’Europe est ton destin. Ne joue pas à la petite emmerdeuse, emmerderesse, emmerdissime.

Sylvie Goulard

2017-05-19T16:52:04+00:00