Lors de l’élection du Président du Parlement européen, mi-janvier, chacun aura pu noter que les groupes politiques ayant le plus de chances de voir leur candidat élu (PPE, S&D et ALDE) avaient tous désigné …des hommes ; les autres … des femmes.

Alors même que cette assemblée n’a pas eu de présidente depuis 2002 et n’en a compté au total que deux depuis 1979, l’égalité hommes femmes n’a pas pesé bien lourd dans les choix. Alors même que l’Union traverse une crise majeure,  le besoin de renouvellement n’a pas été pris au sérieux.

Finalement, la présidence est restée dans des mains masculines, celle d’Antonio Tajani (PPE, Italie).

Lorsque le 25 janvier, la commission des Affaires économiques et monétaires a procédé à l’élection de son président et des 4 vice-présidents qui composent le « bureau » (postes attribués proportionnellement à la taille des groupes politiques), le vote a dû être interrompu après la désignation du président Roberto Gualtieri (S&D, Italie) et du 1er vice-président Markus Ferber (PPE, Allemagne) car le risque était grand que le nouveau règlement du Parlement européen fût violé : les autres candidats aux postes de vice-présidents étant tous des hommes.

La plénière du Parlement européen a en effet accepté, en décembre 2016,  un de mes amendements modifiant la procédure. Dans sa dernière version, le règlement interdit désormais que les bureaux des commissions soient composés de personnes du même sexe ou de la même nationalité (art 204).

La commission des budgets, présidée par Jean Arthuis, est confrontée à la même situation et a également décidé de surseoir à l’élection des 2ème, 3ème et 4ème vice-présidents.

Deux leçons sont à tirer de ces épisodes :

Ce n’est pas un combat des femmes contre les hommes ; en commission ECON, le président réélu, Roberto Gualtieri a invité les groupes à respecter la règle. Et pour leur part, les coordinateurs du PPE (Burkhard Balz) et du S&D (Pervenche Berès), les deux principaux groupes, ont rappelé en séance, leur attachement à celle-ci. Antonio Tajani a aussi appelé les groupes politiques à s’y conformer.

Aussi consternant que cela puisse paraître, en 2017, l’égalité hommes / femmes dépend entièrement de la contrainte : il aura fallu modifier le règlement pour arrêter le machisme ordinaire. Compter sur une évolution naturelle des mentalités ne suffit pas. Pourtant comment le Parlement européen pourrait-il demander que le choix des membres du directoire de la BCE par exemple, respecte la parité, si les députés s’affranchissent de cet objectif ?

Il y a un progrès. Dont acte. Mais le processus n’est pas encore achevé. Il faudra continuer à être vigilant. Certains jouent avec l’idée saugrenue d’augmenter le nombre de vice-présidences pour que la désignation de femmes ne prive aucun des messieurs concernés de leur privilège.

Seul le résultat final de cette procédure dira si ce Parlement s’honore à respecter les principes qu’il impose volontiers aux autres institutions dans ses auditions, comme aux entreprises privées, dans sa législation.

2017-05-19T00:50:03+00:00