Le baiser de la mort à Barroso?

22 juin 2009

La plupart des journaux considèrent que le Conseil européen a apporté, à l’unanimité, son soutien à la candidature de M. Barroso à la présidence de la Commission. Seules certitudes : il n’y avait pas d’autres candidats ; la gauche européenne notamment n’a pas cherché à ouvrir le jeu. Et les 27 se sont prononcés unanimement. Mais, s’il est une langue importante à manier à Bruxelles, c’est bien celle, ambiguë et cruelle, de la diplomatie. Or la rédaction des conclusions du Conseil européen est particulièrement éclairante :

Les chefs d’État ou de gouvernement se sont entendus à l’unanimité sur le nom de M. José Manuel DURÃO BARROSO, comme étant la personnalité qu’ils envisagent de désigner en tant que président de la Commission européenne pour la période 2009 2014.
Les premiers ministres de la République tchèque et de la Suède, respectivement président en exercice et futur président du Conseil européen, auront des discussions avec le Parlement européen afin de déterminer si ce dernier est en mesure d’approuver cette désignation lors de sa séance plénière de juillet.
À l’issue de ces discussions, le Conseil, réuni au niveau des chefs d’État ou de gouvernement, formalisera, sur la base de l’article 214, paragraphe 2, 1er alinéa, du traité CE, sa décision relative à la désignation de la personnalité qu’il envisage de nommer président de la Commission.

Ils envisagent de désigner JM Barroso, pas moins, mais pas plus. Aucun soutien formel. Le choix de ces termes peut marquer un respect sincère des prérogatives du Parlement (dont acte) comme il peut cacher un début de lâchage d’un candidat qui finit par devenir encombrant. Difficile à dire ; quoiqu’il en soit ce texte laisse une marge que le Parlement doit utiliser.

Pour ma part, je pense qu’il faut cesser de « politiser » le débat au mauvais sens du terme. Le PPE a le plus grand groupe au Parlement européen. C’est incontestable. L’enjeu n’est pas de mener un combat partisan gauche / Verts/ libéraux contre le PPE, l’enjeu c’est de défendre une Commission européenne forte, capable de prendre des initiatives dans l’intérêt général européen et de jouer son rôle de « gardienne des traités » dans un temps où les citoyens doutent et où le marché intérieur est menacé.

Durant les 5 années écoulées, le bilan de M. Barroso est très contrasté pour ne pas dire très décevant : s’il a fait avancer certains dossiers, en matière de climat par exemple, il a peu fait usage de son droit d’initiative. Il s’était fait le chantre de la dérégulation. Il a laissé certains de ses commissaires comme M. McCreevy (marché intérieur) ou Mme Fischer Boel (agriculture) prôner une libéralisation poussée. Dans la crise, il a été réactif ; il a servi les Etats plus que l’intérêt européen. Il est loin de posséder une vision d’ensemble comme Guy Verhofstadt.

Nous écouterons ce que M. Barroso propose. Et nous nous déterminerons en notre âme et conscience. A ce stade, je voterais non. L’affaire dépasse la personne de M. Barroso. La question est de savoir quelle Europe nous voulons : une Europe unie, consciente de ses intérêts collectifs, active, une Europe fidèle à la tradition communautaire ou au contraire une Europe aveugle devant l’évolution du monde, attachée à ses petits intérêts nationaux égoïstes, un ersatz se limitant à de la coordination de plans nationaux.

Sylvie Goulard

retour

2017-05-22T15:38:18+00:00