Parler d’Europe…

19 juin 2009

Télévision, le soir du Conseil européen : encore des portières qui s’ouvrent, encore des jambes qui émergent d’une voiture, encore des images banales jusqu’à l’écœurement ! Chaque Conseil européen ramène les mêmes défilés de voiture de chefs d’Etat et de gouvernements, les mêmes prises de vue qui ne parlent ni au cœur, ni à la raison. Je ne jette pas la pierre aux seuls journalistes car il n’est pas facile de « montrer l’Europe ». Rien de moins sexy que ces rencontres où la presse reste en marge. Mais est-ce une raison pour se contenter indéfiniment de cette approche ? Plusieurs évolutions sont imaginables :

Institutionnelle : le Conseil de sécurité des Nations Unies siège en public ; pourquoi les débats au Conseil européen se tiendraient-ils toujours à huis clos ? Certes, dès que la séance serait ouverte au public, donc aux télévisions, une partie des réunions seraient précédées d’une rencontre informelle où tout se déciderait. Mais nul ne peut nier que le huis clos entretient un sentiment de distance, de défiance envers l’Union européenne. A l’ONU, nous avons entendu Dominique de Villepin en février 2003, défendre l’Europe ce vieux continent guéri du bellicisme et vu le malheureux Colin Powell brandir les preuves bidon de l’existence d’armes de destruction massive. C’était toujours cela de pris pour donner une âme à un lieu de débats internationaux. DE même nous devrions cesser d’autoriser les conférences de presse séparées, à l’issue du Conseil européen ; 27 chefs d’Etat et de gouvernement se réunissent pour décider ENSEMBLE, parce qu’ils forment ensemble un organe de l’UE mais, à l’issue, chacun court devant « ses » caméras donner « sa » version !

Médiatique : chaque Conseil a un ordre du jour. Ce qui compte, ce n’est pas la réunion à Bruxelles, c’est ce qui s’y décide. Pourquoi les journalistes s’obstinent-ils à montrer l’arrivée dans la salle de réunion au lieu de parler du fond ? Le Conseil européen des 18 et 19 juin va désigner M. Barroso comme candidat à la Présidence de la Commission, allons au Portugal interroger ceux qui l’ont connu. En l’occurrence, cela aurait pu être amusant, l’intéressé ayant eu, dans sa jeunesse, un engagement maoïste assez éloigné de sa posture ultralibérale. Non, d’ailleurs, depuis le début de la campagne pour sa réélection, depuis qu’avec la crise, le vent a tourné, il n’est plus ultra-libéral, il est devenu le chantre de la régulation et de « l’Europe qui protège »… Ces volte-face ne sont-elles pas une information que le téléspectateur-citoyen gagnerait à connaître ? Dressons aussi, en toute objectivité, un bilan de ce qu’il a fait au cours des 5 dernières années.

Historique : le déficit d’explications historiques tue l’Union à petit feu. C’est l’Histoire qui a donné son sens à l’Europe. C’est l’Histoire qui permet d’en saisir le fonctionnement, la subtilité, les limites. Et là encore, il y aurait beaucoup d’images intéressantes à montrer : pourquoi ne pas expliquer les raisons qui ont poussé Monnet à « inventer » cette institution unique au monde qu’est la Commission ? Sur les années 50 / 60, il y a beaucoup de matériel accessible, sonore, visuel*. Les télévisions pourraient redonner la parole aux fondateurs. Et pourquoi, lors d’un tel Conseil européen, ne pas faire un reportage sur les précédents Présidents de la Commission ? Rappeler la figure de l’Allemand Hallstein au début des années 60 ou celle du Britannique Roy Jenkins. Les Français apprendraient enfin, que quels que soient ses immenses mérites, il n’y a pas eu que Jacques Delors dans l’histoire de cette institution.

Vraiment, changeons notre manière de parler d’Europe : il y a matière à pédagogie, à explications historiques et à belles images. Il y a matière à faire rire et à émouvoir. Le temps est venu de montrer l’Europe autrement, de refléter sa diversité, de ne pas la réduire à ce « Bruxelles » terne et sans âme que la télévision, quand elle daigne financer un correspondant sur place, se borne à nous montrer.

*Voir notamment le merveilleux site european navigator, www.ena.lu qui permet d’accéder directement à une mine de documents historiques (interviews, presse dans plusieurs langues, films et enregistrements audio.

Sylvie Goulard

 retour

2017-05-22T15:38:07+00:00