Les âmes bien-pensantes se sont naturellement émues des propos tenus par Jean-Claude Juncker à la veille du week-end sur les conséquences d’un Brexit. « Les déserteurs ne seront pas accueillis à bras ouverts. Si les Britanniques devaient dire “non” […] , le Royaume-Uni devra accepter d’être considéré comme un Etat tiers, que l’on ne caressera pas dans le sens du poil », a lancé le président de la Commission de Bruxelles. Quelle maladresse ! Cela va donner du grain à moudre au camp du non lors du scrutin du 23 juin, a murmuré le Tout-Europe –  comme il y a le Tout-Paris. Ajoutant in petto : un sacré gaffeur, ce Juncker, lui qui s’était déjà illustré en lançant à mi-voix lors d’un sommet européen à l’arrivée du Premier ministre hongrois : « Le dictateur arrive ! » Admettons que la charge soit un peu lourde et peu subtile. Mais il convient alors, par simple honnêteté, de juger sévèrement la légèreté avec laquelle les Britanniques se soucient comme d’une guigne de ce que pensent les autres Européens. Dans un essai revigorant (*), la députée européenne Sylvie Goulard rappelle que David Cameron a refusé de participer à un simple débat public au Parlement européen. C’est inadmissible : son pays est membre depuis 1973 de l’Union et les représentants élus des vingt-sept autres peuples n’ont même pas droit à une explication ? La vérité est que le Brexit ou le Brexin concerne tout le continent et que la discrétion des dirigeants européens sur le sujet est peut-être de bonne tactique, mais elle est de mauvaise politique. En définitive, que retiendront les opinions publiques ? Que c’est Barack Obama qui aura été le plus clair, en allant défendre le Remain sur le sol britannique. What a shame !

* Sylvie Goulard – Goodbye Europe, Flammarion

Dominique Seux

http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021951375554-brexit-et-bien-pensance-2000343.php?wmTWvAeQL0Gr4FXm.99

 

2017-05-18T09:45:30+02:00