Les eurodéputés dénoncent le recrutement de l’ancien président de la Commission à la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. Les Verts réclament une plus longue période de transition entre la fin d’un mandat à Bruxelles et le passage au privé

 

L’embauche de José Manuel Barroso par Goldman Sachs continue à susciter l’indignation. L’ancien président de la Commission qui a quitté son poste le 1er novembre 2014 après deux mandats, occupera ses nouvelles fonctions de président non exécutif de la banque d’affaires américaine. Il sera basé à Londres et conseillera la banque par rapport au Brexit.

La charge a été menée mardi par le quotidien français «Libération». «Traître un jour, traître toujours», a dénoncé «Libération» qui y a consacré un grand dossier. Le quotidien français rappelle que José Manuel Barroso avait déjà trahi l’esprit de l’Europe lorsqu’il avait rallié la cause américaine en mars 2003 alors même que plusieurs dirigeants dont la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Jacques Chirac, étaient opposés à la guerre en Irak. Le journal conclut: «si la loi permet ce genre de mauvaise action, il est urgent de la changer».

José Manuel Barroso a respecté la période de transition indiquée de 18 mois avant d’accepter sa nouvelle position. Il a aussi renoncé dès janvier 2015 à son indemnité d’environ 200 000 euros par an pendant trois ans. «Tout ce qui est légal n’est pas forcément opportun, réplique Sylvie Goulard, eurodéputée française et membre du groupe Alliance des démocrates et des libéraux. Ses responsabilités l’obligent à prendre une certaine hauteur.» Elle rappelle que le serment qu’il a prêté devant la Cour de justice prévoit expressément «des devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation de certaines fonctions et de certains avantages» au terme de ses fonctions.

Sylvie Goulard juge par ailleurs que la situation créée par ce recrutement intervenu quelques jours après le vote en faveur du Brexit est toute particulière. «Des négociations vont s’engager dans lesquelles les services financiers seront cruciaux, explique-t-elle. José Manuel Barroso a été engagé par la banque Goldman Sachs pour défendre des intérêts privés divergents de ceux de la zone euro et des Vingt-Sept. C’est ce qui est particulièrement choquant.»

Quid de la période de transition entre la fin d’un mandat européen et un poste dans le privé

Pour Sven Giegold, eurodéputé allemand et porte-parole des Verts, la décision de José Manuel Barroso porte atteinte à la crédibilité de la Commission européenne. «Il y a un besoin urgent de fixer une plus longue période de transition entre une position de responsabilité à la Commission et une embauche, dit-il. Il serait raisonnable de la portée à trois ans, contre dix-huit mois selon la règle actuelle.»

Rapporteur du groupe de travail «Transparency, Accountablity and Intergrity» au sein des institutions européennes, Swen Giegold avait proposé un amendement allant dans ce sens. Les deux principaux groupes politiques (conservateur et Socialiste) ont voté contre. Le vert allemand espère que ces derniers reviendront sur leur décision le 12 septembre prochain. La question sera de nouveau sur la table du Parlement.

Le Parti socialiste européen a en effet changé d’avis et réclame désormais une période de transition de cinq ans entre la fin d’un mandat à Bruxelles et un emploi dans le privé. A présent, il veut faire tout pour faire capoter l’embauche de José Manuel Barroso. «Si ce recrutement devait malgré tout se concrétiser, nous exigeons une traçabilité intégrale d’absolument tous les contacts entre lui et ses équipes avec tout représentant de la Commission, du Parlement, et du Conseil, selon un communiqué publié lundi. Au premier manquement, des sanctions – comme le boycott de Goldman Sachs par les Etats membres – devraient être envisagées.»

L’indignation est aussi du côté du Parti populaire européen, conservateur et principal groupe politique au Parlement. «C’est une situation détestable, a déclaré l’eurodéputé français Alain Lamassoure dans «Libération» de mardi. Si Barroso était allé dans une autre banque que Goldman Sachs, cela n’aurait sans doute posé aucun problème.»


Auteur: Ram Etwareea

2017-05-19T00:50:11+02:00