Conférence à Natolin en Pologne

21 novembre 2006

Que ce soit à Bruges ou en Pologne, j’aime l’atmosphère du Collège d’Europe qui réunit, pour une année de « master », des élèves originaires de tout le continent et quelques étrangers. Créé après la guerre pour reconstituer une élite européenne, le Collège forme à tous les métiers qui touchent à l’Europe : institutions, cabinets de lobbying ou de consultants, presse, grandes entreprises, ONG.

Depuis la fin du communisme, le collège s’est implanté en Pologne pour former les élites européennes des nouveaux Etats membres et y attirer des jeunes d’Europe occidentale. Old Europe, new Europe ? Dans le décor, le contraste se sent, mais pas dans le public. Tous les étudiants sont parfaitement à l’aise en plusieurs langues, vifs, intéressés, comme à Bruges ou d’ailleurs désormais à Sciences Po, Madrid ou Berlin. Et puis, à Varsovie, en novembre, dés 16 heures, la nuit tombe. Brouillard et bouleaux, nuit noire et odeur de feuilles… Les deux collèges ont aussi en commun ce froid humide, ouaté qui glace le cœur des méridionaux.

Heureusement qu’à l’intérieur, l’atmosphère est chaleureuse : grâce à la modération de Robert Picht, le Vice recteur toujours pétillant, et à la prestation remarquable d’un professeur belge, Erwann Lannon de l’université de Gand, la conférence se déroule au mieux.

De retour d’un voyage d’études en Turquie, les élèves sont ébranlés, partagés. Nous n’allons pas les aider à trancher leur cas de conscience. Erwann Lannon qui vient d’éditer une étude collective approfondie, sur « Les défis d’une adhésion de la Turquie à l’Union européenne » (Bruylant 2006) conclut à l’adhésion sans rien nier des difficultés pour aboutir ; je l’écarte sans oublier les problèmes pour l’arrêter. Le débat est bien cadré : ni facilité, ni démagogie. Avec en prime, comme pour me consoler des hésitations désespérantes de certains Français, cette orthodoxie communautaire des Belges dont je ne me lasse pas !

Le bonheur de l’Europe est là : un échange enlevé, un jeune auditoire concentré et la chaleur d’être ensemble à esquisser l’Europe de demain tandis que, dehors, la nuit noire s’épaissit.

Sylvie Goulard

2017-05-19T17:00:02+00:00