Alors que le président français a réussi à convaincre ses partenaires de l’importance d’un nouveau plan d’aide à la Grèce, sa vision de l’Union européenne ne s’est pour autant pas clairement dégagée.

Atlantico : François Hollande s’est toujours présenté comme pro-européen et fédéraliste. Sa vision de l’Union européenne avant et après la crise grecque a-t-elle changé ? Ses actions sont-elles cohérentes avec les principes qu’il prétend incarner ?

Sylvie Goulard : François Hollande appartient incontestablement au camp pro européen ; il a lutté pour le maintien de l’intégrité de la zone euro. C’est positif mais cela n’en fait pas un « fédéraliste » pour autant.

L’Union économique n’a rien de fédérale, hélas ; elle est inachevée. Seule la banque centrale a des traits fédéraux.

Il n’y a pas même de débat public entre les 330 millions d’Européens partageant l’euro. Ceux-ci sont priés de rester groupés derrière leurs gouvernements nationaux même si un Grec démuni a plus en commun avec un Allemand ou un Finlandais modeste qu’avec un armateur grec qui n’a jamais payé ses impôts.

L’écho sur Internet du seul débat qui, à l’initiative du groupe ALDE, a été organisé au Parlement européen le 8 juillet, en présence de MM. Tsipras, Juncker and Tusk, montre pourtant que l’intérêt du public existe.

Jusqu’à présent, les dirigeants nationaux ont cru pouvoir diriger l’Europe dans le cadre d’une sorte de Congrès de Vienne où les citoyens n’ont rien à dire. C’est navrant. Ainsi le dernier Conseil européen n’a pas marqué un tournant mais une continuité dans l’aveuglement : ces pratiques opaques détruisent l’idée européenne en dressant les peuples les uns contre les autres.

Dans son interview du 14 juillet, le président a esquissé une volonté de changement. Il a fait référence à un possible « gouvernement économique », concept ancien et ambigu : un gouvernement peut-il seulement être en charge de l’économie ? S’agirait-il d’un exécutif autonome des Etats, issu d’une élection et responsable ensuite devant une assemblée, comme tout « gouvernement » digne de ce nom dans une démocratie parlementaire. Ou baptiserait-on pompeusement « gouvernement » l’eurogroupe actuel, composé de ministres nationaux, élus séparément, et ne rendant de comptes, collectivement à personne ?

La question clé est bien celle de la légitimité de cet organe. C’est pourquoi l’annonce la plus importante faite par François Hollande est celle de la création éventuelle d’un « Parlement de la zone euro ». Afin d’éviter les duplications et la complication du schéma institutionnel, le plus simple serait de le créer à l’intérieur du Parlement européen : il serait composé des élus des Etats membres de la zone euro, votant parfois entre eux, sur les questions liées à l’euro. La France qui tient à garder son siège sur le sol national, s’honorerait à le conforter au lieu d’accepter de créer encore une institution, issue des Parlements nationaux, au rôle incertain.

Dans quelle mesure est-il l’héritier de Jacques Delors ?

Lorsque la France refuse, pendant des mois, de prendre sa part pour aider l’Italie à gérer l’arrivée de migrants en Sicile, on est loin de l’Europe de Jacques Delors, une Europe solidaire, dont l’intérêt n’est pas pris en otage par les Etats.

Il manque aussi la créativité, le foisonnement de projets de l’époque de Delors – Kohl – Mitterrand où ont été lancés, outre l’euro, la brigade militaire franco-allemande, le programme Erasmus pour les étudiants ou encore la chaîne de télévision Arte.

Où sont les projets qui impliquent les citoyens ? Où est, face au terrorisme féroce de Daesh, le sursaut commun pour défendre notre sécurité ?

Fermement opposé à la sortie de l’euro de la Grèce, le président français a adopté une méthode de travail particulièrement diplomatique, en envoyant des représentants de Bercy travailler avec Alexis Tsipras pour élaborer des propositions et les soumettre à Angela Merkel. Privilégier l’efficacité avant l’affichage politique, est-ce une nouvelle méthode de travail de la part de François Hollande ?

L’avenir dira si c’était le bon choix. Trois risques existent.

Fallait-il, au nom de l’Europe, apporter son soutien à un Premier ministre ayant organisé un referendum unilatéral, peu coopératif ? La confiance entre partenaires a été abimée par cette décision. L’Allemagne et les autres Etats réticents ont bien fait d’imposer des conditions exigeantes au maintien du pays dans la zone euro.

L’accord sera-t-il respecté ? Devant le Parlement européen, M. Tsipras a dit que les Grecs étaient las des efforts. Ils ont voté contre un programme similaire. Une fois rentré à Athènes, il a lui-même dénoncé le compromis trouvé. Le danger d’un échec quand des sommes astronomiques (plus de 80 milliards d’euros) sont engagées, ne doit pas être pris à la légère, d’où d’ailleurs la prudence allemande.

Enfin, les autorités françaises ont travaillé avec la Grèce à un programme qu’elles ont toujours refusé d’appliquer elle-même. Avec une dette publique proche de 100 % du PIB et un chômage massif, il serait temps qu’elle fasse les réformes qui, dans d’autres pays, comme l’Espagne par exemple, ont dégagé l’horizon.

En agissant ainsi, la parole de la France n’a pas été extrêmement représentée. En quoi cela peut-il être un problème ? La discrétion était-elle la condition d’un accord ?

La discrétion peut être une vertu. La seule question est de savoir si la France a aidé à la naissance d’un bon compromis ou d’une synthèse bancale. Le passage de l’accord devant les Parlements nationaux ne sera pas une mince affaire. Et la mise en œuvre sera difficile. La messe n’est pas dite.

 

2017-05-19T00:50:32+02:00