ABECEDAIRE (subjectif) de l’UE telle que je la vois et telle que je la vis

A

Ascenseur

Dans l’ascenseur du Parlement ou de la Commission européenne, vous ne savez jamais dans quelle langue dire bonjour car, en dépit de quelques clichés, nul ne porte sa nationalité sur le bout de son nez. C’est un bon endroit pour abandonner quelques préjugés. On y apprend que les hommes et les femmes sont divers. Et que le monde est vaste.

B

Bébés

Je suis favorable à une politique européenne beaucoup plus résolue qui encouragerait les femmes à travailler tout en faisant des bébés (ce qui suppose aussi d’augmenter encore l’implication des hommes dans l’éducation des enfants). Il est triste de constater des écarts importants de taux de fécondité entre des pays comme la France ou le Danemark où existent des politiques familiales, et d’autres Etats comme l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne où trop de femmes doivent encore choisir entre travailler ou élever des enfants.

Il est frappant de voir qu’en ce début 2011, plusieurs Etats membres se posent des questions similaires sur le moyen d’augmenter la part de femmes dans les conseils d’administration des entreprises ou les postes à responsabilités. Faut-il des quotas ou non ? A quel rythme ?

C

Confiance

La confiance est l’ingrédient essentiel pour bâtir l’Europe unie. Nos gouvernants discréditent l’Europe quand ils promettent à tour de bras des choses insensées (par exemple, en 2000, que l’UE soit la zone la plus compétitive du monde en 2010, ce qui naturellement ne s’est pas produit) ou quand ils prennent des décisions en violation flagrante des règles de loyauté mutuelle (la protection de ses banques par l’Irlande, en octobre 2008, au plus fort de la crise).

Courage

Paul-Henri Spaak dénonçait en 1969, le manque de courage de certains dirigeants nationaux.

« Une qualité paraît leur manquer. Une qualité essentielle, celle qui marque les vrais hommes d’Etat, celles que possédaient à un haut degré Robert Schuman, Adenauer, de Gasperi : le courage de sacrifier quand c’est nécessaire un succès immédiat et de renoncer à une victoire de prestige au bénéfice de l’essentiel.

Ceux qui mesurent leur effort européen aux applaudissements qu’ils recueillent en protégeant quelques intérêts particuliers sans se soucier de l’intérêt général et de l’avenir, ne sont pas à la hauteur de la tâche historique qui leur incombe.»

Toute ressemblance avec des dirigeants européens actuels serait naturellement fortuite et involontaire.

Communauté

Les pères fondateurs avaient voulu créer une Communauté, un ensemble fraternel. Lors de la négociation du traité de Maastricht, on a englobé la Communauté économique européenne (CEE) dans un nouvel ensemble, l’Union, afin de préserver certains domaines d’action (la politique étrangère), de la contagion communautaire. Cette complication n’était pas innocente : le côté « alliance d’Etats » a été ainsi privilégié. C’est regrettable, surtout quand on sait que le traité de Lisbonne a achevé cette transformation en supprimant totalement toute allusion à la Communauté.

D

Diversité

L’Europe préserve la diversité culturelle, politique, économique des Etats qui la composent. Contrairement à ce que prétendent des souverainistes qui sortent rarement de leur bocage, le danger d’uniformisation est réduit. C’est plutôt l’hétérogénéité qui nous menace.

Au risque de passer pour une jacobine, je suis persuadée que l’UE doit plus systématiquement rechercher l’unité et cultiver le sentiment d’appartenance à un ensemble commun.

Certaines formes virulentes de régionalisme ont des effets pervers. L’esprit de clocher est destructeur : nombre de régions riches (Italie du Nord, Catalogne, Ecosse, Bavière) sont menacées de tomber dans l’égoïsme. Sans parler de l’état de la Belgique.

Durable

Nous devons inventer des modes de vie, de transport, de production industrielle, de consommation qui soient durables, c’est-à-dire qui ne compromettent pas l’existence des générations futures. En matière environnementale, la coopération européenne nous a aidés à avancer; c’est sous l’influence des pays du Nord de l’Europe que les mentalités ont évolué au sud de l’Europe. Encore insuffisamment.

E

Economie sociale de marché

L’un des plus beaux concepts inventés en Europe, notamment sous l’impulsion de l’économiste allemand Alfred Müller- Armack, dans les années 50 / 60 ; il a été notamment mis en œuvre en RFA par Ehrard. Dans une économie sociale de marché, le rôle de l’Etat consiste à poser le cadre juridique de l’activité économique et, grâce à des politiques de redistribution, à assurer des fonctions telles que l’éducation par exemple mais aussi la justice ou le contrôle des cartels. Cette politique qui crée un ordre social est à l’opposé de la théorie du laisser-faire même si elle reconnaît et encourage l’initiative individuelle et l’esprit d’entreprise.

Le traité de Lisbonne y fait référence mais souvent, le concept est méconnu. C’est un peu plus qu’un dosage savant de social et de marché pour contenter droite et gauche ensemble.

EFSF ? EFSM ?

Derrière ces sigles se cachent les noms des fonds mis en place en 2010 pour sauver la zone Euro ; le EFSM a une partie communautaire ; le EFSF est purement intergouvernemental.

F

Fragilité

Paul-Henri Spaak (Le Soir, 15 novembre 1969) – Ces réflexions semblent s’appliquer à la zone Euro dans la crise :

« La construction européenne est apparue dans sa fragilité et cette fragilité provient de ce qu’elle reste déplorablement inachevée. (…) Le chaos auquel nous assistons démontre que toute intégration économique un peu poussée exige une autorité politique. La contradiction si souvent dénoncée entre le maintien total de la souveraineté et une coopération européenne efficace est apparue en toute clarté. Si chacun veut rester libre de faire tout ce qui lui plait au moment qu’il choisit, comment peut-on espérer une coopération fructueuse ? Nous voilà replacés devant l’éternel problème de ceux qui ne veulent pas choisir et qui veulent, bien vainement, conserver les avantages de tous les systèmes. (…)

Il n’y a pas à choisir entre l’intégration totale ou l’intégration partielle, entre la souveraineté nationale absolue et l’autorité supranationale. L’alternative, c’est faire l’Europe ou renoncer à la faire ».

Fonds structurels

Un mot affreux pour désigner l’une des solidarités européennes les plus tangibles : les fonds structurels, c’est l’argent des plus riches qui est investi dans les régions les plus pauvres. L’Espagne ou l’Irlande leur doivent notamment leur essor. Reste à imaginer des politiques structurelles pour l’après-crise… il est assez tragique que certaines régions qui avaient décollé, notamment grâce à cet argent, aient connu des bulles immobilières et se débattent avec une crise sévère, tandis que d’autres régions telles que la Grèce ou le Mezzogiorno italien n’ont pas su utiliser l’argent européen à bon escient, pour accroître une compétitivité défaillante. Parfois, il faut savoir admettre les erreurs. A revoir…

G

Globalisation

Dans les Mémoires de Monnet, il est une phrase particulièrement prémonitoire ; j’invite tous ceux qui croient que la globalisation est un enjeu récent, à relire leurs classiques :

« Nos pays sont devenus trop petits pour le monde actuel, à l’échelle des moyens techniques modernes, à la mesure de l’Amérique et de la Russie aujourd’hui, de la Chine et de l’Inde demain. L’unité des peuples européens réunis dans les Etats-Unis d’Europe est le moyen de relever leur niveau de vie et de maintenir la paix. Elle est le grand espoir et la chance de notre époque ».

Galère ? Galerie ? Galleria… Allegria

Parfois, pour faire l’Europe, on a le sentiment de ramer sur une galère ou de creuser une galerie sans fin. Dans ces cas là, il suffit de penser à la Galleria près du Duomo de Milan ou aux galeries qui jouxtent la grand-place à Bruxelles. Cafés, librairies, théâtre, l’Europe, la vraie. Cela va tout de suite mieux

H

Hybris

Ce mot grec ancien dénonce l’un des maux les plus graves qui frappent la planète : la démesure. L’esprit européen, pour moi, c’est la mesure. Si les êtres humains savaient rester mesurés dans leur consommation d’énergie, dans leur appât du gain sur les marchés financiers, dans leur rapport à la nature, nous aurions moins de problèmes. S’engager politiquement au centre, c’est refuser de céder aux idéologies «de droite» ou «de gauche» qui ont fait tant de mal. Comme disait Molière «la parfaite raison fuit toute extrémité».

I

Identité

Il est légitime de goûter l’appartenance à une famille, un terroir, un groupe humain. Pour chacun de nous, le plus merveilleux des trésors est fait de souvenirs d’enfance – saveurs, lumières, parfums – qui n’appartiennent qu’à nous et nous relient pourtant à d’autres. Le débat sur les racines de l’Europe n’est pas tabou. Il est important de savoir (au moins un peu) l’Histoire, de comprendre le sens des trésors artistiques et architecturaux de l’Europe, de mesurer ce que les sociétés européennes doivent incontestablement à la chrétienté notamment :

– l’égalité des être humains ( « il n’y a ni Juif, ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme, ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ » résume l’épitre aux Galates, 3-28) ;

– la séparation du spirituel et du temporel (“Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.”

[Matthieu, XXII,21]). Mais la critique de Luther envers l’Eglise catholique ou la lucidité des penseurs des Lumières ont aussi façonné l’Europe. Et nul aujourd’hui ne nie plus que, des siècles durant, les principes évangéliques ont été bafoués : Inquisition, affaire Calas, commerce des esclaves, pogroms, colonisation, assassinat de plusieurs millions de juifs et de roms ou d’homosexuels entre 1939 et 1945, voilà aussi des éléments qui font hélas partie de l’identité européenne.

Tous les messages touchant à l’identité doivent donc être transmis avec doigté car les affirmations identitaires font parfois très mal. Amin Maalouf l’auteur libanais a ainsi parlé «d’identités meurtrières».

Un dérapage est d’autant plus probable que les individus sont en situation d’échec. A l’inverse, une personne qui est «bien dans sa peau», va plus facilement vers les autres car elle y verra un enrichissement, et non une menace. D’où le fossé qui s’est creusé ces dernières années entre d’une part des «élites» dotées des outils du dialogue international (langues, expériences précoces de voyage) et qui profitent de l’Europe et de la mondialisation ; et d’autre part des personnes qui se sentent démunies devant l’évolution du monde et de l’Europe et en souffrent.

C’est dans ce contexte inégalitaire, en tenant compte des évolutions de nos sociétés, en acceptant la présence définitive en Europe de nombreux citoyens d’origine étrangère, qu’il faut réfléchir à la question des frontières de l’UE et à son identité. Mais sans dramatiser non plus ; après tout, l’un des plats préférés des Français, à en croire les sondages, est désormais le couscous. Et c’est bien ainsi.

Surtout, sauf à voir l’Europe comme une carotte, les «racines» ne sont pas tout. Je préfère penser à l’Europe comme à un arbre dont les branches pleines de sève montent vers le ciel. L’identité européenne reste à construire en rassemblant, en donnant aux enfants, par une éducation appropriée, un avenir professionnel et une instruction au dialogue. Il ne s’agit en aucun cas de faire des petits Européens artificiels formatés sur un même modèle mais de rendre des individus différents, heureux de leurs différences, mieux aptes à en goûter le charme.

A dire vrai, l’expérience de l’identité européenne se fait mieux de loin que de près. Vivement un concours pour les eurosceptiques : 1er prix, une semaine en Corée du Nord ou en Arabie Saoudite à méditer sur le déficit démocratique européen…

Plus sérieusement : même en voyage aux Etats-Unis, au Japon ou en Amérique du Sud, nous percevons ce qui fait l’Europe, ce quelque chose de fin, indéfinissable et subtil que d’ici, nous ne voyons plus nous-mêmes. Prenons du recul, quand nous le pouvons. Invitons des non Européens à enrichir nos débats.

J

Judo

En 1950, Robert Schuman a fait du judo : les Américains voulaient que l’Allemagne reprît sa place en Europe. Au lieu de chercher à l’éviter, il a utilisé la force américaine et le désir profond des Allemands d’être de nouveau acceptés dans le jeu européen pour créer l’Europe unie.

K

Klaus, Mario, Nikolaus, Anne, Alex, Beate, Elisabeth, Levente, Dominika et les autres

Ce sont mes amis en Europe. Je ne pense pas à eux comme à des Allemand, Italien, Belge, Finlandais, Autrichien, Hongrois ou Polonais. Je les considère comme des Européens, avec lesquels j’essaie de bâtir l’Europe unie.

C’est un rare privilège d’avoir fait tant de rencontres, d’avoir pu à la Commission notamment ou aux Nations Unies à New York, travailler avec eux car, sans connaître d’autres Européens, sans avoir bossé, sans avoir ri ou rêvé avec eux, sans avoir aimé par-dessus les frontières, comment croire en l’Europe ?

L

L… ibéralisme ou (grand méchant L… oup ?)

Libéralisme : mot tabou en France. Comme si la devise de la République ne commençait pas par Liberté. Comme si la grande bataille de la Révolution n’avait pas été celle de la liberté. Libéralisme politique, libéralisme économique sont les fondements des sociétés européennes. Complété par des mécanismes de solidarité et de redistribution des richesses, le libéralisme est une chance. Saisissons-la au lieu de crier au loup sans discernement.

Au Parlement, je siège au groupe ALDE «alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe». Je revendique le mot libéral même si je déteste ceux qui en font une sorte de foi, une idéologie, une recette miracle.

M

Méthode communautaire

La chose la plus importante à comprendre en matière européenne, c’est que nous avons inventé une nouvelle méthode de travail entre Etats. L’UE représente une innovation majeure, née du constat de l’inefficacité des négociations internationales classiques.

Cette méthode a d’abord consisté à confier à un organe indépendant des gouvernements nationaux, le soin de définir l’intérêt général : dans l’histoire ce fut la Haute Autorité du Charbon et de l’Acier pour la CECA ou la Commission.

Avec le traité de Lisbonne, le rôle du Parlement européen élu au suffrage universel direct comme co-législateur, à côté du Conseil, fait partie intégrante de la méthode communautaire. Notons qu’en novembre 2010, Mme Merkel a prononcé à Bruges un discours très critiquable enterrant sans fleurs ni couronnes la méthode communautaire, au profit d’une nouvelle «méthode de l’Union» faisant la part belle au Conseil.

Pourtant, le retour à des discussions intergouvernementales où chacun, retranché derrière son drapeau, défend égoïstement son intérêt immédiat, n’est pas l’Europe. C’est un ersatz. On nous le vend comme tel, en ce moment, mais c’est à l’Europe unie ce que le topinambour est aux truffes.

N

Nationalisme

« Le nationalisme c’est la guerre », a rappelé François Mitterrand lors de son dernier discours au Parlement européen. L’UE s’est construite sur le rejet du nationalisme. Le nationalisme est radicalement incompatible avec l’esprit européen.

Je suis choquée par la montée des nationalismes en Europe ces dernières années. Choquée par la place faite, dans les médias, à des propagateurs de haine et de sornettes. Choquée par le complexe de supériorité sournoise qui se cache le plus souvent derrière l’incantation nationale. Choquée par le racisme de certains, dans le Nord de l’Europe à l’encontre des Européens du Sud, dans la crise de l’Euro.

On dirait qu’ils n’ont rien appris de l’Histoire, rien retenu. Ni réfléchi deux minutes au meilleur moyen de faire évoluer les pays dans lesquels il y a des problèmes : est-ce en insultant toute la population ? En assimilant les victimes de la corruption et de la mauvaise gouvernance à ceux qui la pratiquent ou en se faisant justement de ceux-ci des alliés, sur place ?

O

O, sole mio !

Pardonnez-moi, je n’ai pas pu résister. J’ai un faible pour l’Italie (et d’autres pays d’Europe aussi, mais il y a moins de soleil).

P

Parlement européen

C’est l’institution qui incarne la démocratie puisque les députés européens sont directement élus par les citoyens européens. Il a de plus en plus de pouvoir. Il sera de plus en plus le dépositaire de l’idéal communautaire.

Je ne défends pas le Parlement parce que, provisoirement et tant que les électeurs le voudront bien, j’ai l’honneur d’en être membre mais j’ai franchi le pas parce que je crois que du travail du Parlement européen dépend l’avenir de l’UE.

Patriotisme

Je me sens à la fois très Européenne et très Française, très attachée à mon pays, pas moins patriote qu’un autre. Et tiens à préciser qu’en Europe, PERSONNE n’est obligé de choisir entre ces deux filiations. La citoyenneté européenne est un plus, elle ne retranche rien. Il n’y a pas de plan ourdi par des technocrates aux pieds fourchus pour faire disparaître les Nations, broyer les identités, gommer les langues. Car même les technocrates viennent de quelque part…

Puissance

L’Europe puissance, les Etats-Unis « hyper puissance » , certains – surtout en France – n’ont que ces mots à la bouche. D’autres jouent à se prendre pour des Suisses et voudraient éviter de prendre leurs responsabilités.

La vérité se situe entre ces deux extrêmes : l’UE sera sans cesse tiraillée.

D’un côté, l’UE a le besoin de s’affirmer dans un univers d’Etats qui sont des puissances ou le deviendront. Inutile de jouer aux naïfs : l’UE a besoin de se faire respecter. Et se faire respecter, dans un univers d’Etats et même d’Etats très nationalistes, exigerait de posséder certains attributs des Etats.

De l’autre côté, la plus grande force de l’UE c’est son originalité, c’est la manière « douce » dont elle défend la diversité, préserve les « petits » Etats, a fait régner la règle de droit, exerce son influence en exportant ses normes.

C’est dans cette dialectique qu’elle se construit : si elle devait singer les empires, elle y perdrait son âme. Mais si elle oubliait qu’elle est entourée d’empires, elle pourrait bien disparaître.

Nous devrions avoir confiance en nous, en notre capacité de créer un Etat d’un genre radicalement nouveau et dont la seule émergence serait de nature à changer les rapports entre Etats.

Q

Qui dit qu’il est

Même les pires souverainistes essaient toujours de se faire passer pour de bons Européens. Pourtant, comme disent les enfants «C’est pas celui qui dit qui l’est ». Encore faut-il le prouver par des actes. Méfions-nous de ceux qui disent « j’aime l’Europe mais pas celle-ci, une autre Europe ». La première, si biscornue soit-elle, a le mérite d’exister. L’autre reste dans les limbes.

Voilà la plus grande illusion du « non » en 2005 : certains tenants du « non » ont fait miroiter aux électeurs la possibilité d’une « autre Europe » alors que la seule conséquence absolument certaine du non était le maintien du statu quo. Nous avons vu comme le plan B a fait long feu. Et, comme il fallait s’y attendre, nous avons gardé jusqu’à nouvel ordre le traité de Nice, objectivement pire que le traité constitutionnel.

Réunir 55 % de votes protestataires, c’est une chose. En faire le socle d’une nouvelle impulsion européenne, voilà qui est bien plus compliqué…

Même chose sur une autre gestion de l’Euro. Il est facile de rester « planqué » à l’arrière, comme on disait en 14 et de vendre aux Français des sorties de l’Euro ou des réaménagements du pacte de stabilité. Ceux qui sont au front, savent bien que ces promesses sont fallacieuses

R

Reach

L’UE s’est dotée récemment, pour la première fois, d’une réglementation (dont l’acronyme est REACH) empêchant de mettre sur le marché des produits dont la toxicité n’a pas été préalablement vérifiée. Aussi fou que cela puisse paraître, jusqu’à présent, n’importe qui pouvait fabriquer un vernis à ongles ou une moquette cancérigène sans que ce produit ait été testé. Alors bien sûr, elle est tatillonne l’Europe, elle nous embête l’Europe… mais elle a peut-être évité ainsi un scandale aussi tragique que celui de l’amiante.

Seul problème : ceux qui ont évité la mort sans le savoir ne seront guère reconnaissants à « Bruxelles » d’être en vie… Essayons tout de même d’en avoir conscience. Cela pourrait être vous, ou moi.

S

Solidarité

L’Europe est le continent au monde sur lequel la solidarité, à l’intérieur des Etats et entre les Etats, est la plus poussée. L’une des priorités absolues du Parlement européen doit être de défendre une conception solidaire des rapports humains.

Tous les Pères fondateurs insistent sur ce point. L’UE est la défense d’une civilisation centrée sur l’Homme ; pas un business.

Honni soit qui mal y pense.

Sacrifice

L’union de l’Europe appelle des sacrifices : partage de charges financières, partage de souveraineté, apprentissage mutuel, transformation de nos manières de voir et de penser. Croire que nous pourrions avoir tous les bénéfices de l’UE sans nous transformer ni payer aucun prix pour cela, c’est croire au Père Noël.

C’est pourtant le conte dominant dans la bouche des dirigeants européens ; Georges Bidault et Lionel Jospin ont voulu « faire l’Europe sans défaire la France » (sic). Les Anglais, comme les Allemands aujourd’hui, veulent exactement «récupérer leur argent ». C’est intenable.

Spaak le disait dans ces termes, lors de la discussion budgétaire, le 11 février 1947 : « La solidarité internationale exige d’abord la volonté de comprendre tous les peuples avec lesquels on discute, leurs intérêts, leur façon d’être et de penser, les questions qu’ils ont à résoudre. Cette solidarité n’exige pas seulement cette vertu de compréhension, mais aussi je dois le dire et le souligner une certaine vertu de sacrifice. Etre solidaire internationalement, c’est commencer par accorder quelque chose aux autres ».

T

Traités

A partir du moment où on élimine l’emploi de la force comme mode de relation entre pays d‘Europe, il faut bien se mettre d’accord sur des règles communes. Les traités sont en quelque sorte le « contrat » qui lie les Etats et les peuples d’Europe. Trop juridique l’Europe ? Cela vaut mieux que de se taper dessus.

Mais les difficultés à ratifier les traités quand 27 Etats doivent se prononcer incitent à imaginer des procédures où un texte peut entrer en vigueur à partir du moment où un pourcentage de partenaires l’ont avalisé. Soutenir le contraire, c’est condamner sciemment l’UE à la paralysie.

U

USA

Nombre d’Européens ADORENT se comparer aux Américains (comme ils sont réactifs, comme ils ont le sens des symboles, comme ils sont puissants !) mais refusent catégoriquement à l’UE de jouer dans la même catégorie en diabolisant toute idée de « super Etat » européen. Les mêmes réclament d’ailleurs que l’Europe régule, soutienne, promeuve etc.

Cette forme d’hypocrisie est particulièrement fréquente chez un certain nombre de nos dirigeants. Vu l’admiration générale pour Barack Obama, ce n’est pas près de cesser…

Pourtant, si l’UE parvenait à devenir une puissance publique régulatrice, efficace et démocratique, je ne vois aucune raison de redouter cette évolution. Je me suis présentée à cette élection pour y contribuer. God bless Europe !

V

VENT

J’aime le VENT. Le Mistral de mon enfance qui se lève et tombe, en grand Seigneur, quand il veut. En quelques minutes, il fait le ciel plus bleu, le soleil plus doré. Il se déchaîne ou s’apaise à sa guise. Depuis 20 ans, j’ai des attaches en Bretagne où le vent n’est pas non plus un vain mot et où les cieux changeants sont si beaux.

L’habitude du vent est un bon entraînement pour les affaires européennes où il faut savoir rester solide, quoiqu’il arrive. C’est dans la tempête qu’on voit les grands capitaines. Par exemple, il est choquant de caresser l’idée de rejeter l’Euro parce que les marchés tanguent!

VERT

J’ai toujours été fascinée par le fait que, selon les langues, les couleurs n’ont pas le même sens ; le bleu qui, en France, renvoie à la sérénité n’a pas la même signification en Allemagne par exemple ou c’est le vert qui joue ce rôle. Qu’en pensent les Italiens avec leur « bandiera » verte ? Le bonheur en Europe est peut-être entre les deux, un peu changeant, un peu turquoise…

W

Weimar

La ville de Goethe, superbe, couverte de jardins et de Ginko Biloba. Nous devrions nous féliciter chaque jour qu’elle ne soit plus séparée du reste de l’Allemagne. L’unification de l’Allemagne est l’une des plus belles aventures politiques qu’il m’ait été donnée de voir de près. Reste à unifier l’Europe.

X

L’Europe sous X ?

Quand on voit la manière dont la plupart des dirigeants européens se défilent quand il s’agit d’expliquer les décisions qu’ils ont prises au niveau européen, on se demande si nous n’accouchons pas de l’Europe « sous x ». Les décisions désagréables n’ont souvent pas de parents légitimes.

Y

Yaka, faut qu’on

Attention à la tentation de simplifier à l’excès l’UE ; à 27, vu la diversité des pays et des traditions des peuples qui la composent, l’Europe restera complexe. Et d’une certaine manière, c’est bien ainsi. Quand Napoléon, à sa manière, a radicalement simplifié la carte du continent, les institutions et la physionomie de l’Europe, cela n’a pas duré. Et n’est pas un modèle.

Z

Zébulon

Ne pas confondre efficacité et agitation. Quand j’étais enfant, je regardais avec joie « Le manège enchanté ». Pendant la présidence française, j’ai cru revoir le Zébulon, ce personnage monté sur ressort, courant partout…

2017-12-19T11:27:08+00:00