Sylvie Goulard, députée européenne ALDE(Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe), animait mardi une conférence-débat organisée par l’association citoyenne du Forum républicain à l’espace municipal « Le Bateau » à Port-Fréjus.
Le thème  : « Pourquoi rester dans l’Union européenne est-il dans notre intérêt ? »

 

Organiser une conférence sur l’Europe, deux jours après les universités d’été du FN à Fréjus ? Tout sauf un hasard. Le Forum républicain a voulu « contrebalancer et montrer que Fréjus n’appartient pas au FN et à Marine Le Pen, mais qu’une opposition existe, des citoyens républicains œuvrant pour tous et pas uniquement pour une partie de la population », explique Marie-José De Azevedo, présidente de l’association citoyenne qui se veut ouverte à toutes les couleurs politiques (à part le FN). Rencontre avec Sylvie Goulard.

Vous venez dans une ville, Fréjus, qui vient d’accueillir la rentrée politique du FN : alors que les crises identitaires, l’europhobie et les extrêmes droites montent partout en Europe, le thème de la soirée est un rien provocateur, non ? Justement, aujourd’hui, pourquoi rester dans l’Europe ?

Jusqu’à nouvel ordre, la France est une démocratie fondée sur la liberté d’expression. Si l’Union européenne (UE) n’existait pas, ce serait le moment de l’inventer car le monde change à vive allure. La Chine ou l’Inde comptent déjà plus d’un milliard d’habitants, la France 66 millions. Vers 2050, le continent européen entier pèsera tout au plus 4% de la population mondiale alors qu’il en représentait encore le quart dans les années 50. L’innovation exigeant des moyens considérables, l’emploi de demain dépend de la capacité des entreprises à s’adosser à de grands marchés. Enfin, le changement climatique comme le terrorisme islamique ignorent les postes frontières. La défense de nos valeurs et de nos intérêts nationaux exige de recourir à tous les moyens d’action à notre disposition. Se priver de l’appartenance à l’UE ne nous donnerait aucun moyen d’influence accru, bien au contraire, il nous priverait d’enceintes de dialogue et de voies de recours précieuses. Les Britanniques sont en train de le comprendre. Pourquoi croyez-vous qu’ils tardent tant à déclencher la procédure de sortie ?

Les institutions européennes et les gouvernements des principales puissances européennes ne sont-ils pas en partie responsables de cette nouvelle crise politique européenne ?

A l’origine, la crise financière est venue des États-Unis. Toutefois, cette crise a fait des ravages essentiellement parce que les gouvernements nationaux s’en sont tenus à des demi-mesures, lorsqu’ils étaient le dos au mur, au lieu de développer une riposte européenne cohérente, solidaire où assainissement financier et investissements et accompagnement social seraient allés de pair. L’UE doit être sérieusement réformée ; elle doit par exemple s’occuper de réduire les inégalités. L’intergroupe de lutte contre la pauvreté du Parlement européen, que je préside, se bat en ce sens. Il faut également doter l’UE de contrôles aux frontières extérieures, indispensables pour conserver sans danger les bienfaits de la libre circulation. Cela suppose des élus qu’ils disent la vérité au lieu de ressasser un souverainisme passéiste. Perfectionner l’UE, oui, la détruire sans avoir rien d’autre à offrir que des visions chauvines, inadaptées au monde de 2016, voilà qui est hasardeux.

Beaucoup disent que l’Europe est en danger. Après le Brexit, comment empêcher l’accélération d’une « désagrégation » de l’UE ?

Si l’UE venait à disparaître, non seulement elle serait en danger mais tous les pays qui la composent seraient entraînés dans des années de divorce sordide, préjudiciable à leur prospérité. Le rebond est possible, en fixant un cap clair – l’UE nous sert à peser dans le monde – et un calendrier modeste, en commençant par des actes concrets. La priorité serait de recréer la confiance entre partenaires européens et à l’intérieur de nos pays. C’est pourquoi il faut que les députés européens aillent sur le terrain parler d’Europe. La France a vocation à faire le pont entre les pays latins et le monde germanique. La rencontre de la gauche à Athènes, contre l’Allemagne, a été un échec autant qu’un contresens historique. Elle a crispé un peu plus le gouvernement de Berlin sans rien produire.
A l’époque de Kohl et Mitterrand, ou de VGE et Schmidt, le franco-allemand transcendait les partis. L’Europe, œuvre de patience et de compromis, appelle du travail et du respect mutuel. C’est bien différent des rodomontades simplificatrices des leaders populistes.

2016-09-21T18:35:15+02:00