Les Britanniques votent jeudi pour ou contre leur sortie de l’Union européenne. Que faut-il redouter le plus d’un retrait ?

Sylvie Goulard : « Sortir serait une décision grave dont les conséquences seraient d’abord politiques – le projet européen, un parcours de 60 ans, s’en trouverait disloqué. Sur le plan économique, cela signerait la perte d’un partenaire important. Tout cela crée confusion et incertitude, ce qui n’est jamais bon pour le développement économique, ni pour les investisseurs et les particuliers. »

D’autres pays peuvent-ils être tentés de quitter à leur tour l’UE ?

« Cela peut effectivement créer un précédent et susciter des vocations. Je pense à Marine Le Pen et à un certain nombre de dirigeants aux Pays-Bas, en Italie ou en Hongrie… Dans ce débat, la Grande-Bretagne nous tend un miroir. Quand Cameron, le Premier ministre britannique, a lancé son processus, il dénonçait des faiblesses avérées de l’Union européenne. C’était le moment pour l’Europe de se ressaisir. »

Certaines demandes de Cameron sont fondées, dîtes-vous. Lesquelles ?

« Le plus intéressant, dans son discours, concerne la désaffection des peuples vis-à-vis de la construction européenne. Il attire l’attention, à juste titre, me semble-t-il, sur le risque pour l’Europe de se laisser distancer à l’échelle mondiale. Prendre en compte cette analyse permettait de repousser d’autres de ses demandes, moins fondées. »

À l’Allemagne, à la France et aux autres pionniers de l’Europe, vous reprochez des reniements…

« L’affaire a été mal gérée. Nous avons cherché à retenir le Royaume-Uni mais au prix d’un accord qui ressemble à du bricolage. Nos gouvernements ont baissé les bras face à Cameron et accepté une forme de chantage et tout le monde y perd. Il fallait en profiter au contraire pour refonder l’Europe sur des bases solides. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la justification de la construction européenne, c’était la paix à bâtir entre nous. Aujourd’hui, l’UE se justifie essentiellement par des enjeux extérieurs qui tiennent à l’évolution du monde. Comment résister à la puissance technologique des États-Unis, comment affronter l’immense force industrielle de la Chine, comment regrouper nos forces pour faire face à Daech, défendre nos valeurs face à Poutine ou Erdogan : tels sont les défis actuels qui nécessitent de construire un ensemble suffisamment solide. Sans oublier la défense du modèle social et des valeurs que nos pays partagent ensemble. »

Continuez-vous de croire à l’Europe ?

« Je vous ferai la réponse de George Clooney : what else, quoi d’autre ? Qu’on nous le présente le projet alternatif, s’il existe, qui permettrait d’ébranler les Chinois, de discuter d’égal à égal avec les Américains, de faire face aux terroristes et à leur idéologie de mort et de violence. Les Européens doivent se réveiller, sortir de leur torpeur et de leur paresse. Et former une équipe Europe plutôt que de se diviser ! »

Ouest France

2017-05-19T00:50:14+00:00