30 avril 2014, Les partis politiques responsables de l’euroscepticisme des Français

Sylvie Goulard est députée au Parlement européen. Elle est membre de l’Alternative. Elle est notamment l’auteur de Europe: Amour ou chambre à part? (2013, Flammarion)

Ce n’est pas l’Europe qui est un problème, c’est la manière dont les grands partis français abordent les questions européennes.

A priori, on pourrait penser que la France cherche à avoir, en Europe, autant d’influence que possible. Et s’efforce, par une présence active à Bruxelles et dans la sphère internationale, de renforcer “l’équipe Europe”.

Certains députés européens français, certains ministres français s’y emploient. Et rien ne serait plus injuste que de mettre tout le monde dans le même sac. Mais d’autres n’ont pas tant de scrupules.

Lorsqu’il s’agit de faire, devant des publics français acquis d’avance, des grandes déclarations pour la “démondialisation”, contre “l’ultra-libéralisme anglo-saxon” ou contre “l’hégémonie allemande”, les Tartarins sont nombreux et sonores. Lorsqu’il s’agit en revanche de mener la bataille législative à Bruxelles et d’influencer le débat d’idées européen, dans les médias non francophones, il y a beaucoup moins de candidats. Il est vrai qu’il est infiniment plus difficile d’être crédible loin de chez soi. Nos partenaires ne marchent pas à «l’esbroufe». Ils jugent les performances: dans un jeu d’influence, ce sont les meilleurs qui gagnent, les plus compétents, les plus constants dans l’action.

S’agissant de la compétence, on ne peut qu’être perplexe ; plusieurs candidats français aux élections européennes, y compris les têtes de liste, n’en ont guère. Ils ne se sont jamais intéressés aux questions européennes ; ils ne sont pas connus dans les autres capitales ; ils ne parlent pas de langues étrangères. Ils ont pourtant été placés, par les états-majors, devant des députés sortants chevronnés ou à la place de jeunes plus futés. Les partis ont ainsi estimé qu’il était plus important d’offrir un lot de consolation à ceux qui ont échoué à un scrutin en France que de marquer une quelconque reconnaissance à ceux qui ont réussi à Bruxelles ou d’encourager la génération Erasmus. La logique est perverse.

La constance n’est pas non plus le fort de certains Français et Françaises. Des élu(e)s européen(ne)s peu assidu(e)s voire soupçonné(e)s de conflits d’intérêt, ayant marqué ouvertement leur mépris pour l’Europe, figurent en bonne place sur les listes. C’est tout bonnement scandaleux. En obligeant à voter pour des listes “bloquées”, la loi électorale française pour les élections européennes donne aux états-majors des partis un pouvoir excessif. En Italie ou en Finlande, les votants peuvent modifier l’ordre sur la liste. C’est un garde-fou en cas d’abus notoire.

La composition des gouvernements français montre aussi à quel point les affaires européennes sont négligées. Les ministres se succèdent à un rythme effréné. Comme la plupart d’entre eux ne connaissent rien à la matière en arrivant dans leur job, ils sont au mieux opérationnels au moment où ils partent. Cela n’assure ni leur influence à Bruxelles, ni leur identification dans la population française. Malgré les innovations introduites par le traité de Lisbonne, fin 2009, le ministère des affaires européennes n’a ainsi pas cru utile de faire une campagne civique d’explication des enjeux du scrutin. Faut-il s’étonner que les Français s’abstiennent massivement? Et qui répond , avec autorité, aux arguments farfelus des extrêmes sur l’euro ou la fermeture des frontières?

La France a le débat européen qu’elle mérite.

2017-05-18T15:07:20+02:00