29 août 2014, Euractiv, On ne peut pas avoir une Commission de “vieux messieurs blancs !”

Sylvie Goulard est député européenne, membre du groupe centriste de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe.

Le processus de nomination de la nouvelle Commission s’accélère. Qu’en pensez-vous ?

Les gouvernements (pas seulement en France) nomment chacun un “représentant national”, séparément, souvent pour des raisons internes; cela montre qu’ils n’ont aucun sens du collectif. Ils font comme s’ils nommaient des ambassadeurs à Bruxelles ! Or ce dont on a besoin c’est d’une Commission indépendante, une équipe européenne, compétente avant tout. Avec un casting qui respecte certains principes, comme la parité homme/femmes.

Si chaque pays choisit qui il veut, unilatéralement, il y a peu de probabilités pour qu’il y ait 14 hommes et 14 femmes. Voilà comment on en arrive à avoir 4 femmes proposées contre 20 hommes (à ce jour).

La question n’a pas l’air de préoccuper outre mesure les chefs d’État européens…

Pourtant, ce n’est pas une question anecdotique. Le droit européen prône l’égalité. On impose aux entreprises des quotas obligatoires de femmes dans les conseils d’administration des entreprises par exemple. Nos dirigeants sont rétrogrades. Et je crois fondamentalement qu’avec la crise économique, avec l’euroscepticisme montant, il faut que la Commission “ressemble” plus à la société.

On ne peut pas avoir une Commission composée uniquement de “old white males”, “vieux messieurs blancs” comme on dit en anglais ; d’ailleurs il ne faudrait pas une Commission composée seulement de femmes. Le souci de la diversité permettra aussi d’élargir le vivier de recrutement.

Comment contourner ce problème ?

Je fais une proposition, c’est que Monsieur Juncker demande à chaque État de lui envoyer un second candidat qui ne soit pas du même sexe que le premier, ce qui facilitera la composition d’une bonne équipe. C’est aussi une méthode élégante, ce n’est pas insultant vis-à-vis des candidats qui ont été proposés, c’est simplement la prise en compte d’un problème sérieux.

L’idée d’attribuer à deux femmes les postes de haut représentant et de président du Conseil compenserait-elle le manque de femmes à la Commission ?

Non c’est une idée absurde. On essaie de compenser les conséquences d’une méthode absurde pour arriver à un résultat encore plus absurde…C’est injuste envers les hommes. Je ne vois pas pourquoi on devrait reprocher à certains hommes qui sont peut-être plus compétents que les femmes retenues d’être… un homme. La seule méthode satisfaisante est de travailler sur l’équipe, avec des femmes qui ont des portefeuilles importants ET des hommes qui ont des portefeuilles importants.

Ce n’est pas un combat des femmes contre les hommes, c’est la défense d’une certaine conception de la société.

Est-ce qu’un collège de Commissaires très masculin passera devant le Parlement européen ?

Plusieurs groupes politiques, dont le mien – ALDE – , et le président du Parlement Martin Schulz ont dit qu’ils ne soutiendraient pas un tel collège.

Le groupe ALDE est a priori nécessaire pour faire la majorité, et il demande une vraie représentation des femmes. Cette préoccupation est présente au PPE, chez les socialistes et bien sûr chez les Verts.

La France avance l’argument du passé, en évoquant le fait que des femmes ont déjà été nommées commissaires pour la France, alors que d’autres pays n’ont jamais nommé de femmes…

Les autorités françaises n’ont pas lu Kant. L’impératif catégorique consiste à comprendre que pour atteindre un objectif collectivement, chacun doit y oeuvrer. Nous sommes en 2014, et la question de la représentation des femmes doit être intégrée par tous les acteurs qui prennent une décision concernant la future Commission, en 2014.

En outre, Mme Cresson ayant fait chuté la Commission Santer en 1999, en raison d’inélicatesses dans son cabinet, l’argument n’est pas de bon goût. La France n’a pas de stratégie d’influence vis-à-vis de l’Europe. Pour les commissaires comme pour la représentation au Parlement européen : la compétence n’est que trop rarement décisive. Nous n’envoyons pas à Bruxelles ceux qui peuvent peser le plus sur les choix européens. Cela revient à se tirer une balle dans le pied.

Propos recueillis par Aline Robert

2017-05-18T14:08:43+02:00