20 mai 2014, La Provence, Sylvie Goulard : “On n’a pas à avoir peur du fédéralisme”

Eurodéputée de l’Ouest, la Marseillaise Sylvie Goulard est revenue sur ses terres pour prendre la tête de la liste UDI-MoDem à l’occasion de ces européennes.

Auteure, en novembre 2013, d’un livre intitulé “Europe : amour ou chambre à part ?” (éditions Flammarion), l’ancienne conseillère de Romano Prodi, lorsqu’il était président de la Commission européenne, n’est pas tendre avec une Europe à laquelle elle est profondément attachée.

 

Vous parlez dans votre livre “d’ersatz d’Europe”…

Je voulais susciter un choc. Les gens ne sont pas informés sur l’Europe et être pro-européen ne veut pas dire forcément ravi de la crèche. L’Europe est vraiment différente de ce que les gens avaient en tête. La démarche d’origine était politique, mais la crise a modifié la donne et les gouvernements nationaux se sont proclamés institutions. Les Français attendaient bien plus de l’Europe. Au-delà des fantasmes, ils voulaient plus de débats, plus de contrôle par le Parlement.

Au lieu de cela, vous dites que les parlementaires sont “des vaches qui regardent passer les trains”…

Même si notre contrôle sur la Commission s’est accru, certaines décisions se prennent toujours dans notre dos, à huis clos. Pouvoir élire le futur président de la Commission n’aura rien du grand soir, ni de la révolution, mais permettra de nous rapprocher des termes du Traité. On peut saisir cette occasion pour donner des visages à l’Europe, incarner quelque chose de concret sur le social ou l’immigration. Que les électeurs ne se sentent pas floués. Plus le résultat de ce scrutin sera net, plus ce sera intéressant.

Sur le fond, quels sont vos axes pour séduire ces électeurs ?

Créer une vraie Europe des petites et moyennes entreprises, de la jeunesse et de la révolution numérique. Bref, mieux utiliser l’Europe qu’aujourd’hui. Elle a servi de pompier lorsque le secteur de la finance avait quitté la route et l’a remis sur les rails. Mais elle doit aller plus loin. Alors que nous subissons des électrochocs à nos frontières, comme en Ukraine, on doit placer le degré de démocratie à la hauteur des enjeux. Et rester pertinents à l’échelle des États-Unis ou de la Chine.

Sauf que même sur la monnaie unique, beaucoup parlent aujourd’hui d’échec…

Mais c’est faux. On voulait avec l’euro mettre à l’abri nos échanges du dumping monétaire. C’était l’époque où la France et l’Italie faisaient des concours de dévaluation. Notre monnaie aujourd’hui est crédible. La preuve, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil ou la Turquie ont placé un quart de leurs réserves en euros. Alors, oui, l’Europe a des problèmes, mais il faut cesser de lui imputer des problématiques nationales.

Souhaitez-vous que l’Union ait plus de pouvoirs face aux États-nations ?

Il ne s’agit pas non plus que l’Europe s’occupe de tout. Cela créerait de la frustration en permanence. Il ne faut pas avoir une vision purement institutionnelle, mais plus fédéraliste. Les eurosceptiques sont contre, mais louent les USA qui seraient mieux sortis de la crise grâce à leur banque fédérale. Le fédéralisme est un outil dont on n’a pas à avoir peur. La Banque centrale européenne, la cour de Justice fonctionnent comme cela.

Votre critique des partis français qui utiliseraient l’élection européenne comme une “poubelle” est dure…

Je trouve scandaleux qu’elle soit utilisée pour recycler d’anciens ministres ou recalés d’autres scrutins. Notre représentation au Parlement est truffée de paresseux et d’extrémistes, ce qui nous rend beaucoup moins efficaces que les Allemands ou d’autres. En ne prenant pas cette élection au sérieux, ces partis ne doivent pas s’étonner de ne pas être suivis par les électeurs.

2017-05-19T00:50:43+02:00