13 mai 2014, Contexte, Fact-checking, Sylvie Goulard : « Les politiques d’austérité sont plus fortes en Grande-Bretagne que dans la zone euro » Vrai

Lors d’un face-à-face avec le candidat du Front national Florian Philippot, mardi 6 mai sur France Inter, la députée européenne sortante Sylvie Goulard a défendu bec et ongles l’intégration de l’UE et la monnaie unique. L’intéressée n’a jamais caché son penchant pour une Europe fédérale.

De quoi aiguiser les attaques du candidat FN aux élections dans l’Est, pour qui l’euro est le principal responsable des politiques d’austérité menées à travers le continent.

Faux, a répondu la candidate Modem-UDI dans le Sud-Est.

« Les politiques d’austérité sont plus fortes en Grande-Bretagne que dans la zone euro », a affirmé Sylvie Goulard.

Comparer les économies de deux pays est toujours délicat, mais les données macro-économiques globales donnent raison à la députée centriste.

Tout dépend de l’échelon

L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, centre gauche) a calculé. Sur la période 2010-2013, le Royaume-Uni a opéré des coupes budgétaires à hauteur de 110 milliards de livres sterling (134 milliards d’euros), soit 7,4 % de son PIB.

Pour l’ensemble de la zone euro, les économies ont atteint 360 milliards d’euros, soit 3,9 % du PIB.

En France, l’ajustement budgétaire n’a atteint « que » 4,9 % de la richesse nationale, soit 2,5 points de moins qu’au Royaume-Uni.

« Dans certains pays comme le Portugal ou l’Irlande, le niveau a été supérieur à l’exemple britannique », souligne Christophe Blot, économiste de l’OFCE.

En Grèce, cas le plus emblématique, les coupes et hausses d’impôts prévues pour la période 2011-2015 atteignent 12 % du PIB.

Des situations différentes

Toutefois, le lieutenant de Marine Le Pen estime que la politique monétaire de la banque d’Angleterre a suffi à atténuer les effets de l’austérité, contrairement à ce qui s’est produit dans la zone euro.

« Il est vrai que l’impact des coupes budgétaires dépend du contexte général, et de l’action des banques centrales », commente Christophe Blot.

« Mais, en 2009, les besoins n’étaient pas les mêmes partout. Les établissements financiers de la zone euro faisaient face à un manque de liquidités, et la BCE a répondu à cette demande. Pour sa part, la banque d’Angleterre a vu une menace sur ses taux d’intérêt et est intervenue directement sur les marchés. »

L’institution de Francfort a agi à moindre échelle. Elle s’est contentée d’actions ciblées, ce qui lui a été reproché. C’est seulement à l’été 2012, lorsque les taux espagnols ont grimpé, que le président de la BCE, Mario Draghi, a menacé les marchés d’une intervention.

« Cela a suffit à remettre de l’ordre », explique le chercheur de l’OFCE.

Le Royaume-Uni, un exemple pour le FN ? Vraiment ?

Mais une politique monétaire interventionniste ne fait pas tout. Pour atteindre en 2014 une prévision de croissance estimée à 3 % (contre 1,2 % dans la zone euro), le gouvernement de David Cameron a dû employer les grands moyens.

Contrairement à ce qu’a affirmé Florian Philippot, les Britanniques ont été touchés de plein fouet par l’austérité. Les coupes n’ont pas visé les soutiens à la croissance et se sont concentrées sur les prestations sociales et l’éducation.

« On peut dire qu’ils ont privatisé certaines dépenses. Ce qui explique que le taux d’endettement des ménages est reparti à la hausse, explique Philippe Waechter, économiste en chef chez Natixis. Et les travailleurs ont vu dans le même temps leur situation se précariser encore un peu plus. »

Les contrats zéro heure, qui mettent les salariés à disposition de leur patron sans garantie de travail ni de revenus se sont répandus. Plus d’un million de personnes seraient aujourd’hui concernées. Un programme à des années-lumières de ce que promet le Front national sur le plan social.

Et, derrière ce rebond de l’économie britannique, le doute plane autour de la solidité du modèle de David Cameron, sur le moyen et long terme.

« Malgré la politique monétaire et une baisse de la livre sterling, le Royaume-Uni n’exporte pas plus qu’avant. Rien de comparable avec l’Allemagne qui pourtant utilise l’euro », explique M. Waechter.

Au contraire, la balance des paiements courants du pays continue d’être sévèrement déficitaire, à 84 milliards de dollars en 2013, contre seulement 44 pour la France, et positive à hauteur de 273 milliards pour l’Allemagne.

« Sans compter que le taux d’emploi augmente plus rapidement que la croissance. Concrètement, l’économie britannique devient donc de moins en moins productive ».

2017-05-19T00:50:43+00:00