La Commission européenne a présenté mercredi 1er mars 2017 un livre blanc sur l’avenir de l’Europe. Il s’articule autour de cinq scénarios plus ou moins ambitieux : 

  • le statu quo ;
  • rien que le marché unique ;
  • des avancées à géométrie variable ;
  • un recentrage sur certaines politiques ;
  • de nouvelles ambitions.

Ils ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. Pour plus d’informations sur ce livre blanc, cliquez ici.

 

La Croix : Que peut-on attendre du livre blanc sur l’avenir de l’Europe publié aujourd’hui par la commission européenne ?

Sylvie Goulard : La commission a choisi une approche intelligente qui consiste à mettre les États membres devant leurs responsabilités. Depuis plusieurs années, face à un certain nombre d’évolutions en Europe, les migrants, la crise, etc., on fait comme si le statu quo ou l’inaction n’avait aucun coût.

Sur les cinq scénarios, quel est celui auquel vous croyez le plus ?

S.G. : Le scénario du statu quo est un scénario d’acceptation du déclin. On ne peut pas dire à la fois que la situation n’est pas satisfaisante et s’en contenter. Ce n’est pas le plus probable. Cela dépendra des choix politiques qui seront faits. Je me refuse de raisonner dans l’idée que tous les scénarios ambitieux sont exclus. On se rend compte qu’il faut sérieusement élever le niveau d’ambition en Europe, non pas pour se faire plaisir, mais pour apporter aux citoyens ce qu’ils attendent.

La capacité de l’UE est ce que nous en faisons. Il y a des événements extérieurs comme l’élection de Donald Trump qui peuvent complètement changer la donne si on n’est pas dans le déni. Il est évident que dans ce cas, les besoins en matière de sécurité et de défense autonome de l’Europe se posent différemment.

Pensez-vous à un possible 6e scénario ?

S.G. : On peut combiner des avancées en piochant dans les différents scénarios. L’intérêt est d’identifier ce qu’il y a à faire. L’un des scénarios prévoit d’avancer à quelques-uns, ce qui est déjà le cas. Si on veut faire avancer l’euro ou l’espace Schengen, cela ne concerne pas tout le monde. Sur les frontières extérieures, il faut agir à quelques-uns, c’est-à-dire avec les États membres de Schengen. Par exemple, si on veut empêcher que rentrent en France des personnes en provenance de pays des Balkans comme l’Albanie, qui ne répondent pas aux critères de demandeur d’asile, il faut avoir des contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne. La frontière extérieure de la France en matière de demande d’asile n’est pas entre la France et l’Italie, elle est à la frontière extérieure de Schengen.

Si on veut remettre de la prospérité en Europe, il faut travailler à 19 dans la zone euro. Ce qui n’empêche pas de vouloir faire avancer le marché unique du numérique à 27, cela n’empêche pas d’avoir un budget de l’UE dans son ensemble plus intelligemment financé par des ressources propres pour pouvoir développer des politiques du futur, de recherches et d’innovations, de transition énergétique.

Le 6 mars, quatre pays, France, Italie, Espagne et Allemagne se réunissent en comité restreint, est-ce une méthode à privilégier ?

S.G. : Ce n’est pas nouveau et il n’y a aucune illégitimité à se voir en petit groupe. Quand Mario Monti était premier ministre en Italie, il a fait plusieurs réunions en petits comités. L’essentiel est de se parler entre Européens. Ces 4 pays qui se réuniront le 6 mars représentent un nombre de citoyens et une part du PIB de la zone euro et de ses forces démocratiques énormes, ce qui ne signifie pas qu’il faut sortir du cadre institutionnel et exclure d’autres pays légitimes à se joindre. Il faut le faire de manière plus souple. Il ne faut pas reconstituer des institutions dans les institutions.

L’Europe est-elle condamnée si elle ne bouge pas ?

S.G : Si nos pays n’avancent pas, ils sont condamnés, si les individus ne s’adaptent pas à la modernité, ils sont condamnés. Il y a des pays qui se disloquent, on voit les tensions nées du Brexit entre le Royaume-Uni et l’Écosse et l’Irlande du nord, on le voit aussi en Espagne avec les velléités indépendantistes de la Catalogne. Nos pays sont confrontés à des changements profonds, technologiques, d’évolution des populations, de crise financière et toutes les structures doivent évoluer. Ce serait une grave erreur de penser que l’Europe pourrait ne pas avancer et nos pays rester sans bouger. Ils se détruiraient. L’enjeu est celui-ci : soit nous arrivons à remettre une impulsion européenne et nous allons conforter les pays qui la composent, rester dans la course mondiale et ce sera gagnant-gagnant, soit nous croyons qu’il est possible de ne pas avancer et nous perdrons sur les deux tableaux.

2017-05-19T00:50:02+00:00