Intervenants : Gérard ALIX et Angela FRIGO, Fédération Européenne des Banques Alimentaires, Jonathan PELLUET, FareShare (Londres), Katharina WEGNER, Diakonie Allemagne.

La salle comble et le nombre de questions soulevées ont illustré à quel point ce sujet est important pour les Européens.

Le Programme d’aide alimentaire aux plus démunis arrivant à son terme en 2013, la Commission européenne a fait une proposition pour créer un nouveau fonds, le Fonds européen d’aide aux plus démunis, avec un budget réduit (1 milliard d’euros de moins pour la période 2014-2020) ainsi qu’une base juridique différente. La cohésion sociale serait privilégiée à la Politique Agricole Commune, avec une attention plus grande portée, non seulement à la fourniture de denrées alimentaires aux personnes les plus démunies en Europe, mais aussi au problème de la privation matérielle, de l’itinérance et à la pauvreté des enfants.

Les principaux points abordés lors de la réunion ont été les suivants :

  • Une mise en garde importante sur le conflit potentiel entre la nécessité d’aider les personnes demandant une aide alimentaire d’urgence et le danger que ces politiques d’aide institutionnalisent la pauvreté et la dépendance ! Cette question est étroitement liée à l’importance de veiller à ce que les droits de tous les citoyens soient respectés plutôt que de s’attaquer seulement la situation d’urgence.
  • Le budget pour le fonds : l’accord conclu par le Conseil pour le budget européen entre 2014 et 2020 alloue 2,5 milliards d’euros à ce fonds, soit une baisse d’un milliard par rapport à la période 2007-2013. Lors de la réunion, il a été souligné à plusieurs reprises que ce budget est loin d’être suffisant pour subvenir aux besoins de tous les Européens en situation de pauvreté et qu’il ne peut en aucun cas être un substitut aux politiques nationales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Cependant, pour la plupart des participants, il est difficile de voir comment, par temps de crise, on pourrait ne pas soutenir ce fonds, même dans un geste symbolique, étant donné que le nombre de bénéficiaires augmente.
  • Un élément important de la discussion a porté sur le lien entre le travail des banques alimentaires, principalement mené par des bénévoles, et celui des associations locales pour des projets à long terme sur le respect de la dignité humaine, l’intégration sociale ou des programmes de formation. Comment s’assurer que ces différentes activités sont organisées par des personnes compétentes et qualifiées ? Dans quelle mesure les initiatives conjointes peuvent-elles être efficaces? Comment mieux échanger le savoir-faire entre les différentes associations?
  • Quelle devrait être la portée future de ce fonds ? Faut-il laisser une part de flexibilité pour que les États membres puissent choisir de se concentrer sur l’aide alimentaire, les questions de privation matérielle, la pauvreté des enfants ou encore les sans-abris ? De manière réaliste, que peut-on s’attendre à réaliser avec 2,5 milliards d’euros ?
  • Le nouveau fonds se trouverait dans la rubrique « cohésion sociale » du budget (il n’y a plus suffisamment de surplus de la PAC pour alimenter le fonds, comme cela était prévu lorsqu’il a été mis en place). Le fonds est maintenant proposé dans le cadre du Fonds social européen (FSE) et plusieurs intervenants ont exprimé leurs préoccupations à ce sujet : d’une part, le Fonds pour les plus démunis ne répond pas aux critères du FSE, qui met l’accent sur l’accroissement de l’employabilité des citoyens européens ; et d’autre part, ces 2,5 milliards d’euros pris sur le FSE auraient pu être utilisés pour des programmes d’emploi dont nous avons tant besoin actuellement.
    Pour de nombreuses associations qui font appel aux financements européens, la complexité de la procédure peut être un obstacle de taille à l’obtention des fonds pour leurs projets : les demandes de financement pour le Fonds aux plus démunis seront-elles compliquées, techniques et chronophages ? En résultera-t-il que les fonds déjà limités ne seront pas entièrement distribués ?
  • Le fonds actuel n’est pas utilisé par tous les États membres. Certains, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne par exemple, considèrent que ces questions devraient être traitées au niveau national et non européen (principe de subsidiarité). La nouvelle proposition de la Commission étant un fonds obligatoire pour tous les États membres, comment s’assurer que ceux qui ont besoin d’aide et de ressources y ont accès, mais que ceux qui ne souhaitent pas les utiliser ne bloquent pas le développement du fonds ?

 

Parallèlement à la présentation du travail et des missions de la Fédération Européenne des Banques Alimentaires (cliquer ici pour la présentation FEBA), présent dans 21 États membres à travers l’Europe et existant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y avait deux présentations expliquant les actions concrètes entreprises au Royaume-Uni et en Allemagne.

 

FareShare (http://www.fareshare.org.uk/) : L’association vise à réduire les problèmes à l’échelle industrielle liés au gaspillage alimentaire au Royaume-Uni ainsi qu’à fournir de la nourriture à ceux qui en ont besoin, que ce soit dans les clubs scolaires pour les enfants, des repas pour les sans-abris, de la nourriture pour les associations locales qui économisent ainsi sur l’achat de denrées alimentaires et peuvent investir dans d’autres ressources. FareShare travaille avec les acteurs de la chaîne alimentaire afin d’utiliser la nourriture qui serait jetée alors qu’elle est parfaitement propre à la consommation humaine. Ils travaillent avec les entreprises, à travers leurs programmes de responsabilité sociale pour disposer d’une manière moins coûteuse pour eux de produits non consommés. Cliquer ici pour la présentation FareShare.

 

Diakonie Allemagne (http://www.diakonie.de/) : L’Allemagne dispose d’un modèle social très différent de nombreux autres États membres. Alors que de nombreux États membres ont recours aux banques alimentaires ou aux financements européens, la participation directe de la société civile grâce à des dons (à partir de boulangeries, supermarchés, restaurants, etc) permet de fournir de la nourriture à des initiatives similaires comme le mouvement Tafel (http://www.tafel.de/).

 

Diakonie Allemagne s’efforce de responsabiliser les gens en obéissant à une logique de long terme dans leur travail. Tant de mesures urgentes pour l’emploi ont besoin d’être financées par le FSE ; il n’est donc pas acceptable de détourner cet argent pour le Fonds pour les plus démunis en Allemagne, où des mesures équivalentes et efficaces existent déjà.

 

Documents utiles :

Proposition de la Commission européenne Parlement européen

Projet de rapport de la Commission EMPL (Emer COSTELLO)

Texte législatif

 

Avis du Parlement européen (AGRI, FEMM, BUDG, REGI) :

Avis de la Commission AGRI

Avis de la Commission FEMM

Avis de la Commission BUDG

Avis de la Commission REGI

2017-05-19T00:51:03+00:00