Le lundi 20 février, je me suis rendue à Chambéry pour une journée d’échanges et de rencontres avec diverses associations travaillant avec les plus démunis.

Plusieurs choses m’ont vraiment frappée lors de ces rencontres. D’une part, la motivation et le dévouement des acteurs pour aider ceux qui sont dans le besoin – ils accueillent tous ceux qui se présentent chez eux, sans distinction de nationalité, d’âge, de profil. D’autre part, les solutions innovantes qui peuvent être trouvées qui sont impressionnantes.

Pendant la journée, j’ai rencontré les membres de l’ « Accorderie de Chambéry », une association qui facilite l’échange entre membres. Chaque service proposé a un prix, mais sans valeur monétaire. Le prix est marqué en valeur de temps. Le site web ouvert aux membres de l’Accorderie et le tableau d’affichage dans le local permettent aux personnes soit de proposer un service (qui peut être très divers, il n’y a pas de règle, cela peut être la garde des enfants, du bricolage, un cours de cuisine), soit de demander un service (aider à peindre le salon, cours de langue etc.). Le principe de base de cette association est que chacun a des compétences qui peuvent être apportées à d’autres et que tout le monde peut participer à cet échange car cela ne dépend pas des moyens financiers. Il n’est pas possible de payer pour un service, le ‘paiement’ se fait par un don de son temps à quelqu’un d’autre.

Une discussion a eu lieu avec le Secours Catholique sur l’accueil et l’intégration des migrants et des demandeurs d’asile dans la région. D’une part, ils aident à compléter les dossiers qui doivent être envoyés aux services compétents, d’autre part ils essaient, dans le mesure du possible, de proposer des solutions concrètes, parfois d’urgence, pour l’hébergement, la nourriture, l’accès aux soins, etc. pour ceux qui en ont besoin. Sans ces actions, la situation serait plus grave que la réalité actuelle. La situation est compliquée car il existe une concurrence entre des publics différents pour accéder aux ressources disponibles : migrants, réfugiés, SDF. Dès qu’un mineur atteint la majorité, il est expulsé des centres d’accueil, même s’il n’a pas encore déposé sa demande d’asile par exemple. Les bénévoles font énormément de choses, mais ils ont des inquiétudes légitimes, notamment concernant les questions d’assurances s’ils décident par exemple de mettre un logement à la disposition de ceux qui ont besoin. Les services publics disponibles ne sont pas suffisants pour gérer la réalité des besoins. Les associations font un énorme travail.

L’échange avec Emmaüs m’a montré la diversité de leurs projets, à la fois sur le terrain local avec les centres d’insertion, le travail d’accompagnement, les efforts pour lutter contre l’endettement et aussi leurs actions au niveau national, par exemple avec les migrants dans les camps à Calais et à Dunkerque, ou encore au niveau international, comme avec leur projet sur l’accès à l’eau au Bénin. À Chambéry, Emmaüs se focalise beaucoup sur le recyclage et crée une économie circulaire sur place. Il y a la récolte des containers pour vêtements et chaussures. Ce qui peut être vendu est mis en vente dans les magasins d’Emmaüs (cet argent est utilisé pour financer d’autres projets), une autre partie est recyclée. Les particuliers peuvent déposer les meubles, grands et petits, l’électro-ménager, les jouets dont ils n’ont plus besoin et ces-derniers sont vendus par Emmaüs. Il y a un travail de réparation et de vérification des produits fait par ceux qui sont accompagnés par Emmaüs qui est un élément important de leur programme – soit cela permet à quelqu’un qui est déjà qualifié, par exemple en tant qu’électricien, d’utiliser ses compétences, soit cela permet à quelqu’un de recevoir une formation, pour lui donner les moyens de devenir indépendant. L’économie circulaire se fait au sein d’Emmaüs.

La détermination des acteurs engagés dans la lutte contre la pauvreté dans la région m’a vraiment frappée toute au long de la journée. Le gouvernement a mis en place dix projets pilotes pour les « territoires zéro chômeurs de longue durée ». Le territoire de Cœur de Savoie n’a pas été retenu comme projet pilote, mais ceux qui se sont engagés (les bénévoles) ont décidé de continuer avec le projet malgré tout et d’essayer de créer du travail dans la région pour ceux qui en sont actuellement privés.

Ces échanges précieux m’encouragent à continuer la bataille au niveau européen, notamment avec l’intergroupe de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.