17 octobre 2013, Journée mondiale du refus de la misère. Conférence de l’intergroupe « Extrême pauvreté et droits de l’homme, comité Quart Monde »

 

Chaque année, l’intergroupe organise un événement public au Parlement européen le 17 octobre pour la journée mondiale du refus de la misère. La discussion cette année s’articulait autour du thème retenu par l’Organisation des Nations Unies pour 2013 : Ensemble vers un monde sans discrimination, en s’appuyant sur l’expérience et la connaissance des personnes dans la grande pauvreté.

 

 

C’était un plaisir d’accueillir Mme Androulla Vassiliou, Commissaire européenne à l’éducation, la culture, le multilinguisme et la jeunesse, pour le discours d’ouverture. Elle a insisté sur le besoin profond de briser le cercle vicieux entre le manque d’éducation, la difficulté d’accès aux formations et la pauvreté. Lutter aujourd’hui contre l’extrême pauvreté permet d’empêcher les prochaines générations d’en souffrir. Elle a déploré que tant de jeunes quittent l’école sans avoir acquis les compétences qui leur permettront de trouver un travail décent. La Commission européenne travaille avec les États membres pour lutter contre ce phénomène. Une autre de ses initiatives concerne la garantie pour la jeunesse »), qui œuvre pour assurer que tout jeune de moins de 25 ans ait la possibilité d’avoir un stage, un emploi ou une formation supplémentaire dans les 4 mois suivant la fin de ses études. Il faut lutter contre les inégalités, faciliter les échanges entre les États membres et mettre en place les meilleurs systèmes possibles pour permettre aux citoyens européens de vivre avec dignité et prospérité.

 

 

Panel 1 : Le premier panel était dédié à la question de l’accès à un travail décent et à la protection sociale.

 

Cette table ronde a permis un échange entre les experts aux niveaux européen et international. Santiago Loranca-Garcia, Chef d’unité « Stratégie européenne pour l’emploi et gouvernance » à la Commission européenne a souligné le lien entre la pauvreté et l’emploi. En Europe actuellement, ce problème a deux volets, non seulement l’augmentation de chômeurs de long-terme, qui est un vrai problème, mais aussi le nombre croissant de « travailleurs pauvres » bénéficiant d’une protection sociale moindre, à cause de contrats irréguliers par exemple. Il faut aussi réfléchir sur le développement des stratégies d’inclusion sociale, l’efficacité des systèmes nationaux de protection sociale, et les points sur lesquels doivent porter les réformes.

 

Alison Tate, directrice des relations externes de la Confédération Syndicale Internationale, a rappelé quelques chiffres clés pour bien expliquer où nous en étions aujourd’hui dans cette crise mondiale. Elle a souligné qu’on ne mesurait plus le poids des chiffres que l’on entend tous les jours concernant le niveau de la dette et du chômage. Il y a actuellement 200 millions chômeurs dans le monde, il ne faut pas oublier ce que cela représente. Les politiques pour l’avenir, pour éviter que cette situation ne se reproduise sont essentielles, tout comme les politiques pour permettre à ces gens qui doivent sans plus attendre se réintégrer dans la société et dans le monde du travail. Ces personnes ne peuvent pas être oubliées : le gaspillage humain serait énorme.

 

CSI, Social Watch et ATD Quart Monde ont fait un appel en soulignant exactement ce point, le besoin de n’oublier personne. Lire la déclaration. In English.

 

Roberto Bissio, coordinateur de Social Watch, travaille depuis longtemps sur la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, le plan de l’ONU approuvé par tous les pays membres pour favoriser le développement mais remarque qu’aucun gouvernement dans aucun pays du monde n’a réussi à faire ce qu’ils avaient promis depuis 2000. Il faut que la bataille continue, mais aussi que les critères soient mis à jour : il faut lutter contre les problèmes actuels, pas les problèmes tels qu’ils étaient en 2000. Par exemple, la somme suffisante pour nourrir une famille pour une journée doit être revue, 1,25 dollars par jour n’a plus de sens. Il serait trop facile que les gouvernements disent atteindre des objectifs sans que ceux-ci améliorent effectivement la vie des plus pauvres. Les objectifs du millénaire ont toujours besoin d’être atteints.

 

Après la projection d’une vidéo d’ATD Quart Monde de réflexion sur l’évolution des objectifs du millénaire pour après 2015, Jean Toussaint a présenté le travail d’ATD Quart Monde, et de ses militants dans plusieurs pays dans le monde, sur les besoins essentiels d’aide au développement pour après 2015. L’objectif est d’assurer que toute aide va à ceux qui en ont vraiment besoin, et pour identifier ces personnes il faut travailler avec les organisations qui sont sur place depuis longtemps.

 

Lire le document de travail d’ATD Quart Monde Vers un développement durable qui n’oublie personne : le défi de l’après 2015 / Read the ATD Fourth World Working ». Document in English.

 

Les questions soulevées par la salle ont porté sur l’accès à un travail de qualité avec des salaires décents, la lutte contre la discrimination qui commence déjà à l’école, et le rôle des politiques fiscales (par exemple une taxe environnementale) dans le combat contre la pauvreté.

 

 

 

Panel 2 : La deuxième table ronde s’est concentré sur la question de la dette, la pauvreté et les services bancaires de base. Il a permis une analyse du travail très concret qui se fait au niveau de l’Union européenne sur la question du droit d’accès aux services bancaires de base. Le rapporteur du Parlement européen sur la proposition de la Commission pour l’accès aux comptes bancaires de base, et membre actif de l’intergroupe, Jürgen Klute, participait à cette table ronde.

 

 

 

Hans Grohs, président du réseau européen sur la dette des consommateurs, a rappelé qu’aujourd’hui, à cause de la crise, un grand nombre de personnes ont perdu leur emploi et ne peuvent pas rembourser leurs dettes. Actuellement il n’y a pas d’approche uniformisée dans tous les États membres pour le règlement de la dette, mais il y a une forte demande. Il a également souligné l’importance d’avoir accès à un compte bancaire, pour éviter la pauvreté. C’est un cercle vicieux : le compte bancaire est une condition obligatoire dans la plupart des cas pour le versement d’un salaire, sans lui il est donc très difficile de trouver un travail. Mais par ailleurs il existe une discrimination à l’ouverture d’un compte bancaire, par exemple, comment peut-on ouvrir un compte sans carte d’identité ? M. Grohs a salué le travail très concret de l’Union européenne dans ce domaine. Pour vivre dans la société moderne un compte bancaire est essentiel.

 

Axel de Martene, membre du cabinet du Commissaire Barnier, le commissaire responsable pour ce dossier, a expliqué que ce dossier était une priorité pour le Commissaire, qui a conscience des problèmes des citoyens face au manque de transparence dans l’offre de services bancaires. Il est essentiel que le consommateur dispose d’informations claires, et présentées d’une manière qui permette la comparaison entre les différents établissements fournisseurs de services bancaires. La Commission est partie du constat que tout le monde peut avoir besoin d’un compte bancaire et, a élaboré une proposition législative qui veille à ce que les services bancaires de base soient disponibles à tous les citoyens des États membres.

 

Jürgen Klute, rapporteur pour la directive sur les comptes de paiement, a souligné le travail de la commission des affaires économiques et monétaires au Parlement européen pour améliorer la vie quotidienne des citoyens européens sur cette question. Il a expliqué que le dossier était en train d’être négocié entre les différents groupes politiques, afin d’obtenir une position ferme de la commission parlementaire sur ce sujet. Même s’il y a un accord sur les principes de base, il faut encore trancher sur les détails : qui devrait avoir accès aux comptes de paiement de base ? Doit-on permettre qu’un consommateur puisse ouvrir un tel compte dans plusieurs États membres ? Une autorisation de découvert sur ce type de compte est-elle une bonne idée ?

 

Les questions de la salle ont porté sur les frais liés aux comptes de paiement de base, l’obligation de recevoir l’intégralité des aides sociales sur le compte bancaire, et le rôle des banques solidaires.

 

 

Pour clore cette journée mondiale de lutte contre la pauvreté, nous nous sommes réunis autour de la dalle ATD Quart Monde devant le Parlement pour rendre hommage aux plus démunis qui nous ont quittés.

 

2017-05-19T00:50:55+00:00